Cold Feet

Getting Cold Feet. Cette expression anglaise est la plus polie, la plus posée, la plus respectueuse et la moins risquée à employer pour décrire la droite au Québec. À la suite d’un véritable bashing hier midi à l’émission de Jeff Fillion à CHOI FM, ce mot était le seul que j’avais en tête pour qualifier la droite québécoise. Des termes moins polis seraient: la droite poltronne, mollassone, ingrate. Mais je vais me contenter de Cold Feet.

En effet, l’animateur polémiste de Québec, qui n’en est pas à sa première controverse, s’en est pris à Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec au lieu de l’encourager. Et ses coanimateurs, ne réalisant pas le peu de budget que nous avons pour la présente campagne, ont qualifié gratuitement notre travail de campagne de pee-wee d’une autre époque.

La principale appréhension de l’animateur: les Libéraux pourraient être de nouveau au pouvoir, il faut voter stratégiquement pour la CAQ pour les bloquer. Eh oui, Jeff Fillion just got cold feet! En ondes, ne réalisant sûrement pas la puissance de son micro.

Pourquoi?

Ce n’est pas la première fois que les gens de droite vont aux urnes pour voter CONTRE quelqu’un en votant pour un candidat/parti autre que celui de leur choix. Et que M. Fillion branle autant dans le manche, car il croit au libre-marché. Cette pensée de droite, absente du débat jusqu’à tout récemment (plus ou moins simultanément avec le printemps étudiant de 2012), s’est installée et ne fait évidemment pas l’affaire de plusieurs groupes de pression, syndicats et organismes évidemment. Le Parti conservateur veut revenir à l’Assemblée nationale avec un programme de droite, on sait donc c’est quoi se faire challenger, parce qu’on croit au libre-marché.

Quelles sont les conséquences?

Depuis 2013, la loi électorale limite le plafond de dons individuels à 100$ par année, ou 200$ par année électorale. En retour, une subvention récurrente est versée au parti au nombre de votes reçus lors d’une élection générale. Voter stratégiquement envoie l’argent au parti qui reçoit le vote, et non le parti qu’on aime. C’est que chaque vote compte. Chaque don compte.

En attendant, le Parti conservateur du Québec est loin de rouler sur l’or. Au contraire, on a à peine de quoi payer 100 campagnes individuelles et une campagne du chef décente. Dans les autres partis, chaque candidat a 30 000$ de budget de campagne. Quant à moi, j’ai fait campagne avec 700$ dans mon comté (Jean-Lesage), incluant le kilométrage, les pancartes, les dépliants. On m’a autorisé uniquement 50$ de budget de publicité sur les réseaux sociaux, maximum. C’est beaucoup moins que le régime à 75$ par semaine du premier ministre Philippe Couillard. Et on m’a refusé une vague de robocalls (appels automatisés) dans Jean-Lesage, alors que dans les 6 derniers mois je suis parvenue à me faire une banque de plus de 20 000 numéros de téléphone des secteurs Robert-Giffard, Vieux-Limoilou, Maizerets et Lairet, et cela grâce à Canada411 et à la banque de codes postaux accessible gratuitement sur le site Web d’Élections Québec.

Faute d’avoir un compte de banque bien garni, on est une équipe de bénévoles qui ont consacré des heures et des heures à chaque semaine pour créer du contenu pour le parti (images, articles, etc.), maintenir son site Web en vie, répondre aux messages envoyés par courriel et sur nos pages Facebook, composer avec des trolls, morons et autres pas de vie sur nos pages Facebook, faire des vidéos que d’aucuns qualifient de Dollaraclip avec 0$ de budget, sans parler des appels aux membres pour le renouvellement de leur carte, les messages envoyés à tous nos sympathisants et les nombreuses activités organisées un peu partout au Québec, les plus populaires étant les Pinte et politique que j’espère retrouver après les élections. Parce que la loi qui encadre le financement des partis est très restrictive pour les partis qui ne sont pas encore représentés à l’Assemblée nationale du Québec, on n’a pas le moyen de payer nos heures de travail au salaire minimum, encore moins de louer un local pour une permanence! Et malgré tout, on fait ça avec amour, parce qu’on y croit!

C’est pourquoi nous ne pourrons nous payer des professionnels des relations publiques, des spin doctors, des graphistes et des cinéastes pour être en meilleure posture pour la prochaine campagne dans 4 ans (ou environ 18 mois à 2 ans si le gouvernement est minoritaire) QUE si nos sympathisants acceptent d’embarquer dans le train avec nous, plutôt que de se pincer le nez pour voter pour un autre. Pis encore: en votant pour la CAQ, que vous n’appuyez pas mais que vous croyez en bonne position pour battre les Libéraux, vous nous plantez un couteau dans le dos parce que l’argent de ce vote stratégique va aller à la CAQ et financer la campagne de la CAQ dans 4 ans (ou avant).

Je pose la question: est-ce vraiment ce que vous voulez?

Et pourtant…

On l’a constaté depuis l’élection d’Amir Khadir en 2008, les électeurs de Québec Solidaire n’ont que faire du vote stratégique. Ils votent à gauche, pour le programme, parce qu’ils y croient. Et leur nombre grandit d’élection en élection, car il s’y ajoute du monde.

Vous allez me dire «Le PCQ n’a que le chef de connu, les 100 candidats sont des no name». Vraiment? Je réponds que Québec Solidaire a 5 candidats connus – Gabriel Nadeau Dubois, Manon Massé, Vincent Marissal, Catherine Dorion et Sol Zanetti, et 120 no name! Et pourtant, ça vote QS quand même!

Je constate un phénomène identique au Parti libéral du Québec: son vote ne bouge à peu près pas, ses partisans sont fidèles et se renouvellent notamment grâce à son aile jeunesse toujours aussi dynamique. Ça bouge très peu, tant et si bien qu’on peut compter au moins 30 circonscriptions pour acquises dans quelques jours au parti de Philippe Couillard. Sauf une importante cohorte de fédéralistes — incluant quelques Angry Libérales (j’insiste sur le féminin) retraitées qui en font une obsession — qui se jurent de voter rouge tant qu’il existe un parti souverainiste bien que le paysage soit en train de se réaligner lentement mais sûrement sur l’axe gauche-centre-droite, le vote libéral est fidèle et y croit lui aussi.

C’est pourquoi je trouve risqué qu’on sacrifie ses principes pour essayer de faire élire un gouvernement de la CAQ aux dépens du parti qu’on aime.

Un électeur de Jean-Lesage m’a juré qu’à la prochaine élection il votera pour moi. Désolée, je n’y crois pas à cause de ce pattern malsain. Et en 18 mois, je ne peux prédire ce que je ferai ni où je serai. Est-ce que je serai encore candidate dans Jean-Lesage? Est-ce qu’il y aura encore un parti conservateur du Québec? Est-ce qu’Adrien Pouliot en sera toujours le chef? Et encore, y aura-t-il un autre enjeu cold feet qui fera encore peur aux gens de droite et qui les convaincra de voter encore stratégique?

Cela dit, M. Fillion a reconnu être allé trop loin et a fait ses excuses.

Je crains que le mal soit fait, car lundi il ne sera pas possible d’en parler en ondes. Pour ma part, je vais attendre avant de réécouter cette émission tant j’ai été attristée de ce que j’y ai entendu à titre personnel. Ce n’est pas tant l’accusation gratuite de Laurence Gagnon, coanimatrice — qui disait à tort que j’étais une candidate invisible alors que j’ai fait 2 débats, 2 entrevues et 3000 portes — qui n’a pas fait son travail de recherche puisqu’elle doit voter dans Jean-Lesage que le mal fait à mon chef. J’avais du mal à croire qu’on s’en prenne à un ami qui depuis 2013 veut porter notre message à l’Assemblée nationale! D’une tristesse infinie.

Pour ce qui me concerne, comme candidate conservatrice: cette entrevue d’hier m’a fait perdre un électeur que j’ai pointé soigneusement lors de ma campagne électorale, durant laquelle j’ai frappé à 3000 portes. J’espère qu’il n’y en a pas eu d’autres… Sa raison: «Je ne veux pas que Gertrude Bourdon gagne». De source sûre, on m’a dit qu’elle est en position pour gagner, un vote stratégique pour la barrer va-t-il marcher? J’en doute.

Parlant de Mme Bourdon, j’ai eu la chance de la côtoyer ainsi que la plupart des autres candidats enregistrés dans Jean-Lesage. Elle est très sympathique, à part des erreurs de débutante — faites devant les caméras — elle a un bon profil. Les autres aussi, même Sol Zanetti, sont des gens de qualité. Ils ont tous le droit de gagner, c’est la démocratie. Mais je trouve que le prix à payer pour empêcher un candidat est trop élevé.

Se serrer les coudes

Vous n’avez pas idée comme je suis jalouse des électorats solidaire et libéral. Ce sont des gens fidèles, qui y croient. Je le répète, ils n’ont que faire du vote stratégique, ils ne changent pas d’idée dans l’isoloir et se serrent les coudes. Pourquoi est-ce différent du côté de la droite au Québec? De quoi a-t-on peur? Ne sommes-nous pas écoeurés de payer autant d’impôts et de taxes pour des services de moins en moins efficaces?

Pourquoi ne ferions-nous pas comme ces deux bases solides et fidèles? Pourquoi n’avons-nous pas autant de courage que les jeunes gauchistes ou les gens d’expérience qui sont libéraux de génération en génération? Ne voulons-nous pas que le Québec soit prospère et que la droite s’installe enfin à l’Assemblée nationale?

Alors pourquoi voter stratégique? Celle-là, je n’arrive toujours pas à comprendre.

Image publiée par Jessie Mc Nicoll, vice-présidente du Parti conservateur du Québec sur Facebook.

Mais quand même, ce 1er jour d’octobre, j’invite tous ceux qui veulent:

  • moins d’État
  • une baisse d’impôt pour les PME de 40%
  • une baisse d’impôt pour les particuliers d’environ 36%
  • une économie de 15 milliards de dollars sur 4 ans dans les finances publiques (cadre financier approuvé par l’Association des économistes du Québec)
  • plus de privé en santé
  • l’abolition des commissions scolaires
  • l’abolition du Registre des armes à feu
  • une baisse de la taxe de l’essence de 5 sous par litre

…à voter Conservateur. Aucun autre parti ne promet ça, pas même la CAQ! Serrons-nous donc les coudes, croyons-y, envoyons nos premiers députés à l’Assemblée nationale!

Et pour ça, le vote stratégique constitue la pire barrière à l’entrée. Barrière que nous nous mettons nous-mêmes. Quel dommage, vraiment!

Keep Calm and Vote Conservative

 

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