Combien nous coûte l’assurance souveraineté?

Tranche de vie d’une militante conservatrice qui travaille fort pour ramener un parti conservateur provincial à l’Assemblée nationale du Québec.

Le nombre de Québécois d’accord avec la nécessité d’un sérieux coup de barre aux finances publiques et en gouvernance est très fort, mais parmi ces Québécois, combien sont déterminés à voter encore pour le Parti libéral du Québec par crainte de l’indépendance du Québec? Beaucoup. Beaucoup trop.

Et pourtant, Jean-François Lisée a été élu chef du Parti québécois sur la promesse de ne pas tenir de référendum lors d’un premier mandat. Pis que ça, l’ancien premier ministre du Québec Bernard Landry, lui, évoque un troisième mandat, donc il faudrait que le gouvernement soit péquiste pour 12 ans consécutifs avant d’espérer la tenue d’un référendum! L’option souverainiste est en fin de vie, et des amis à moi sont formels, on ne reverra pas le PQ au pouvoir de sitôt. Et même Jacques Brassard est convaincu que le Bloc Québécois est en fin de vie à Ottawa!

Autrement dit, rien à craindre. Mais pourquoi encore cette peur d’un référendum, qui serait de toute manière perdant? Pourquoi, en 2017, des gens de tous âges assimilent toujours la réélection du Parti Libéral au maintien de l’intégrité du Canada?

Il faut remonter aussi loin qu’aux années 1970. Robert Bourassa était premier ministre depuis 1970 et détenait une majorité inégalée (102 sièges sur 110!) à l’Assemblée nationale, mais il accumulait les scandales et difficultés comme la loi 22, les grèves, les problèmes à la Baie James, les coûts des Jeux olympiques de Montréal prévus pour 1976 qui explosaient. Et le Parti Québécois de René Lévesque a adopté une résolution pour que le Québec décide de sa souveraineté par référendum. Sans parler de sa montée en popularité chez beaucoup de baby boomers québécois, alors dans la vingtaine ou jeune trentaine!!

Un historien (Denis Anger) a confirmé à la radio que Robert Bourassa, conscient de la crainte de sa clientèle traditionnelle de l’élection possible d’un gouvernement souverainiste, a cherché à prendre les péquistes de court d’abord en déclenchant une élection anticipée en 1976 et non en 1977, et ensuite en essayant de capitaliser sur la peur d’une référendum. En effet, il a fait sa campagne en demandant aux gens d’oublier les scandales et de le choisir comme la garantie contre l’indépendance du Québec. Rien de moins! Traduction : Si vous êtes contre la souveraineté du Québec, votez libéral. Ou si vous préférez : okay, on n’a pas été corrects mais au moins, nous on ne brisera pas le Canada… Mais non, l’usure du pouvoir et l’enthousiasme d’une jeune génération l’ont emporté sur la peur du référendum. Mais la peur du référendum n’a jamais péri, même après deux échecs en 1980 et en 1995.

Quelles ont été les conséquences de l’élection du PQ en 1976 dans le paysage politique?

  • C’est la fin de l’Union nationale.
  • Idem pour le Ralliement créditiste. Camil Samson passe au Parti libéral en 1980.
  • Le choix électoral se fait désormais entre le Parti Québécois et le Parti libéral du Québec.
  • La « question nationale » reste un enjeu électoral – en anglais on appelle ça la Wedge Politics – même 20 ans après l’échec du référendum de 1995, mettant de côté beaucoup (trop) d’enjeux plus prioritaires.
  • Le Parti libéral du Québec s’est totalement dénaturé, et compte des gens de tous les horizons dont le seul point en commun est qu’ils ne veulent pas de l’indépendance du Québec, et qui sans la persistance de la question nationale militeraient assurément pour d’autres partis :
    • Écologistes
    • Organisations patronales
    • Groupes de pression
    • Gens d’affaires
    • Représentants d’OSBL
    • Économistes, libertariens (par exemple Martin Coiteux, mais que fait-il au Parti libéral???)
    • Gens de la classe moyenne (Véronyque Tremblay)
    • Étudiants, jeunes adultes de droite
    • Membres du Parti conservateur du Canada

Des gens de gauche qui devraient à l’heure actuelle reconstruire le Nouveau Parti démocratique du Québec (NPD), des gens de droite qui seraient davantage à leur place au Parti conservateur du Québec (à propos, notre congrès commence le 8 avril!), des verts qui auraient intérêt à aller rejoindre Alex Tyrrell au Parti vert du Québec. Mais non, ils sont tous au Parti libéral du Québec! Dans les années 1980 j’aurais compris, le Parti Québécois étant devenu une coalition semblable de gens dont le point commun est l’accession du Québec à son indépendance. Mais aujourd’hui? Je me pose la question.

Je pense particulièrement aux jeunes libéraux. Leurs congrès sont dynamiques, ils ont de belles propositions, ils veulent sincèrement changer le Québec et remettre beaucoup de choses en question. Ils veulent amener la barque au 21e siècle, par exemple en faisant récemment la promotion de la privatisation de la SAQ et de l’économie du partage (Uber)… des propositions toutes rejetées par leurs pairs au pouvoir. Quelle gifle dans le visage de gens qui votent libéral, qui veulent inflitrer le pouvoir pour changer les choses! À leur place, voilà longtemps que je mettrais la clé dans la porte… mais ces jeunes restent au PLQ aussi!! Pourquoi? Expliquez-moi, quelqu’un! Pas capable de trouver une explication autre que la crainte du référendum qui a survécu à l’épreuve du temps, mais qui n’a plus lieu d’être.

Je sais par contre que notre système parlementaire de type britannique, dont nous élisons nos représentants selon le monde uninominal à un tour, a malheureusement tendance à limiter les ailes parlementaires à deux partis dominants, sans toutefois empêcher des indépendants et plus petits partis à avoir des députés qui siègent avec budget et temps de parole limités. Avec le temps s’est installé ce qu’on appelle en anglais le big tent politics. Les péquistes et libéraux sont devenus avec le temps deux grandes tentes où évoluent les gens, on est devenu un système binaire ou bipartite. Avec le résultat suivant :

  • Les jeunes, les gens à faible revenu, les nationalistes de tout acabit, les enseignants, les syndicats, les indépendantistes de la première heure, beaucoup de fonctionnaire et d’autres amateurs de la langue française se sont ralliés au Parti Québécois.
  • Les immigrants (qui se considèrent plus canadiens que québécois), les anglophones, les gens d’affaires, les fédéralistes et ceux qui craignent un autre référendum se sont ralliés au Parti libéral.

Heureusement, cette distinction a été fortement entamée au tournant du millénaire. En effet, l’arrivée de l’Action démocratique du Québec a introduit la «troisième voix» à l’Assemblée nationale en 2007, et depuis ce temps l’existence de trois ailes parlementaires reconnues (12 députés et plus), les bulletins de vote longs comme le bras tant il existe de partis au Québec et des majorités plus faibles du parti au pouvoir sont la nouvelle norme…

Bulletin de vote dans la circonscription de Taschereau, le 7 avril 2014. Fière d’y voir mon nom!

Mais malgré ce changement majeur il y a encore des milliers et des milliers de citoyens qui continuent de penser binaire, soit selon la formule PQ-PLQ, et de (re)jouer le Wedge Politics des années 1970 alors que nos écoles sont délabrées, notre système de santé ne répond plus à la demande avec toutes ces listes d’attentes et patients sans médecin de famille, nos entreprises sont étouffées par trop de réglementation et d’impôts, nos routes sont dans un état pitoyable et le trafic est devenu insoutenable aux heures de pointes à Québec…

Pourquoi? Je me le demande, car j’ai fait quelques calculs et des recherches, et voici ce que nous coûte cette assurance souveraineté :

  • L’aberration des conseils d’agglomération à la suite des défusions municipales, sans parler du coût réel des défusions
  • La taxe sur la masse salariale (FSS) qui est la plus élevée au Canada
  • La loi sur les véhicules à zéro émission, qui fera augmenter le prix des véhicules à essence partout au Québec
  • Hausse continuelle des dépenses de l’État – contrairement à ce que me disent et répètent plusieurs militants libéraux et d’autres citoyens qui ont une peur bleue d’un 3e référendum, le gouvernement libéral n’a jamais réussi à RÉDUIRE les dépenses publiques, bien qu’il ait tout au plus réussi à ne pas trop les augmenter.

…voilà tout ce qu’a coûté aux contribuables de maintenir au pouvoir le Parti libéral du Québec. Et c’est sans compter les nombreux scandales et autres aberrations qui ont plombé l’ère libérale (qui n’a été interrompue que par une parenthèse péquiste de 18 mois en 2012-2014) des 14 dernières années.

Quelques scandales de l’ère Charest:

  • Nomination des juges (commission Bastarache)
  • Tableaux blancs interactifs
  • Commission Charbonneau
  • Garderies : attribution de places à des grands donateurs du PLQ
  • Le Plan Nord qui n’a pas marché
  • Les éoliennes (un cheval de bataille de notre chef Adrien Pouliot)
  • La SIQ
  • Et combien d’autres…

Quelques scandales de l’ère Couillard :

  • Arthur Porter
  • Écoute électronique de journalistes
  • Les ennuis de Sam Hamad
  • L’influence de Marc Yvan Côté
  • Le train électrique (REM)
  • Histoire de mœurs : Gerry Sklavounos, Pierre Paradis
  • Les problèmes à Transports Québec (démotion de Robert Poëti, la sous-ministre Dominique Savoie)
  • Poursuite du projet de cimenterie à Port-Daniel
  • L’acharnement sur Pétrolia et Junex suivant la grande conversion verte de M. Couillard à la COP21, alors qu’ils veulent juste explorer le potentiel pétrolier sur l’île d’Anticosti
  • …et il reste encore un an et demi!

Tout cela, parce qu’on a peur d’un référendum…

Difficile à croire, en effet, qu’autant de citoyens acceptent tout cela comme un mal nécessaire pour écarter la menace souverainiste. Comme prime d’assurance, je trouve que c’est (trop) cher payé.

Cela dit, si les Québécois veulent malgré tout garder le PQ hors d’état de nuire, même si cela dépasse toute rationalité, même si c’est contre toute logique, même si c’est garanti qu’il nous en coûtera encore plus cher, soit! Ce sera leur choix. Par contre, je m’adresse à ceux qui sont plus ouverts, ou à la rigueur moins effrayés: bonne nouvelle, depuis 2012 il est possible de magasiner votre assurance souveraineté!!

Oui, oui, vous avez bien lu, vous n’êtes plus obligé de voter libéral en vous pinçant le nez, car le PLQ n’a plus le monopole comme parti fédéraliste depuis 2012, soit l’année où le Parti conservateur du Québec a présenté ses premiers candidats en élections partielles et générales. N’écoutez pas ceux qui répètent le contraire, le PLQ n’est plus le seul parti fédéraliste au Québec.

Mais alors, qui d’autre est fédéraliste, la CAQ? Non, le parti de François Legault désire le vote des fédéralistes, et compte dans sa députation des fédéralistes, mais depuis sa création en 2012 jamais nous n’avons eu le moindre indice sur son orientation réelle. Le Parti conservateur du Québec, lui, est fédéraliste, et nous n’avons pas peur de le dire!! Un seul député conservateur qui siègera à l’Assemblée nationale brisera définitivement ce monopole malsain, et cette tendance au bipartisme.

Et mieux que ça : le parti d’Adrien Pouliot est tout neuf. Même si le nom conservateur n’est pas nouveau dans notre histoire parlementaire, le parti en lui-même, qui est revenu dans le paysage politique il y a environ 5 ans, n’a pas encore gouverné le Québec. Donc, où sont les scandales? Je sais, dès que nous aurons complété un ou deux mandats, il est possible que certains squelettes sortent du placard, le pouvoir apporte son lot de bêtises et problèmes. Et encore mieux, le programme des Conservateurs du Québec vise à diminuer la taille de l’État, simplifier la bureaucratie, baisser les taxes et impôts et redonner plus de liberté aux citoyens. Attendu que pour beaucoup de monde, la menace souverainiste est à ce point terrible, pourquoi donc ne pas faire d’une pierre deux coups en 2018 en sortant les Libéraux du pouvoir tout en élisant à sa place un autre parti fédéraliste?

Je vous invite donc à en savoir plus sur notre fantastique équipe. Mais surtout, je vous exhorte à réfléchir sur les dernières années en politique, voir à vous ouvrir un peu plus sur les vrais enjeux, qui sont à des années-lumière de la politique des années 1970-80. Je vous suggère, enfin, de faire le tour des programmes de tous les partis politiques afin de vous faire une tête, vous pourriez être surpris de l’offre de certaines formations.

Et s’il vous plaît, en 2018, prenez le temps de bien écouter les messages des partis, suivre les campagnes des chefs et de piquer un brin de jasette avec les candidats qui viendront frapper à votre porte, afin de baser votre vote sur autre chose que la sempiternelle question nationale, et surtout de faire votre choix entre plusieurs partis, pas juste deux. Par exemple, si vous avez à cœur la qualité de l’enseignement primaire et secondaires pour vos enfants, votez pour le parti qui promet des actions et orientations qui répondent à vos besoins. De toute manière, soyez-en assurés, la seule personne qui sera vraiment intéressée à parler de référendum au cours de la prochaine campagne électorale sera Philippe Couillard.

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