Conservateur au fédéral et libéral au Québec?

Aujourd’hui je suis toujours aussi étonnée de voir qu’au Québec, beaucoup de conservateurs au fédéral militent, au provincial, pour le Parti libéral du Québec malgré le retour d’une formation conservatrice. Je respecte leur choix, d’autant plus justifiable que le retour des conservateurs dans le paysage est très récent (premiers candidats à l’élection du 4 septembre 2012), mais oui, je me pose la question: pourquoi autant de violets, appelés couramment Red Tories?

Une partie de l’explication se trouve peut-être ici:

Je suis conservateur au fédéral et libéral au Québec, mais je ne suis pas certain qu’un parti consevateur au Québec soit la meilleure chose. Je ne vois pas pourquoi on devrait diviser le vote avec le PLC (sic), La CAQ pour aider le PQ a passer. Le PQ avec l’instabilité qu’il génère ne doit plus se retrouver au gouvernement au Québec à moins d’être minoritaire. (Commentaire de Martin Savard sur Facebook, le 11 octobre 2015 sur la page d’Adrien Pouliot, chef)

Ce à quoi je réponds ceci, à visage découvert:

Hélas, tant que les gens auront une réaction aussi épidermique face au mouvement indépendantiste — malgré la faible popularité du projet, particulièrement chez les jeunes! — et tant que le vote ira PAR DÉFAUT aux libéraux quitte à se boucher le nez, c’est garanti que le Parti conservateur du Québec ne pourra pas avoir la visibilité et les appuis qui devraient pourtant lui revenir naturellement…

En effet, vouloir réduire la taille de l’État est conservateur, bien que les libéraux l’aient effectivement proposé (et raté!) en 2003 sous forme de réingénierie de l’État. Vouloir réduire le fardeau fiscal des entreprises afin de les rendre plus compétitives et performantes est conservateur, et ce n’est pas le Parti libéral qui va le faire. Vouloir plus de liberté de choix, vouloir le privé en santé, vouloir mieux choisir l’école primaire ou secondaire de ses enfants, vouloir autre chose qu’un réseau public de garderies pour ses enfants d’âge pré-scolaire, s’opposer à l’énergie éolienne qui coûte trop cher, vouloir diminuer la paperasse administrative des entreprises, vouloir mieux cibler les subventions aux artistes, tout cela est conservateur, et je ne vois pas le jour où un gouvernement libéral ou même caquiste aura le courage politique d’y répondre.

Alors, sérieusement, à part la peur de faire réélire le Parti québécois, qu’est-ce qui peut bien plaire à des gens voulant moins d’État dans le programme du PLQ? Pourquoi s’acharner à vouloir infiltrer la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec après avoir systématiquement vu les «séniors» tabletter toutes ses propositions? Pourquoi dire que le programme est intéressant, mais répondre ensuite qu’il faut débarquer le PQ en votant libéral sachant le bilan tout sauf positif du présent gouvernement?

Sincèrement, je me le demande toujours, qu’est-ce qui a bien pu attirer un Sébastien Proulx — ancien adéquiste qui était un critique farouche des politiques libérales durant le court mandat du parti de Mario Dumont à l’Opposition officiel (2007-2009) — ou une Véronyque Tremblay —  qui à la lecture de ses propres chroniques au Journal de Québec est contre l’éolien, un registre provincial des armes à feu, les 30 millions de dollars au Diamant de Robert Lepage et la modulation des frais de garderie en fonction du revenu familial — vers un parti qui naturellement refile l’assainissement des finances publiques aux contribuables par des hausses de taxes et tarifs de toutes sortes au lieu de faire des efforts du côté des dépenses de l’État?

Je me demande encore ce qui a bien pu attirer Martin Coiteux, un vrai homme de droite, dans un parti qui se positionne trop souvent plus à gauche que le PQ. Et je me demande ce qui le retient de mettre en application les propositions du rapport de Lucienne Robillard, qui était à la tête de la Commission permanente de révision des programmes qu’il a lui-même mise sur pied!

C’est qu’à la lumière de mes observations, le PLQ n’a pas de boussole idéologique, ni valeurs, il fait ses promesses selon la mode du moment, il carbure aux lobbies et cherche à être plus péquiste que le PQ, et cela pour quoi? Pour le pouvoir. Et il est revenu au pouvoir grâce au vote stratégique en avril 2014, à cause du point levé haut dans les airs par Pierre Karl Péladeau lors de la désormais célèbre annonce de sa candidature dans Saint-Jérôme le 9 mars 2014.

Je trouve cela extrêmement dommage. Mais bon, en tant que conservatrice autant au provincial qu’au fédéral (une rare vraie bleue, quoi!), je reconnais que c’est une barrière d’opinion qui existe réellement et qu’il nous faudra franchir dans les prochaines années en faisant des activités, campagnes de financement et conférences, afin de gagner plusieurs militants conservateurs de longue date qui par défaut se tiennent avec les libéraux.

Dans un premier temps, d’ici au prochain scrutin prévu normalement en octobre 2018, je vous invite à visiter le site Internet du Parti conservateur du Québec et à bien lire son programme.

post-it_fr

Laisser un commentaire