Françoise David et le paysage politique

Bon, encore un départ de l’Assemblée nationale du Québec. Cette fois, c’est Françoise David, co-porte-parole de Québec Solidaire, qui prend sa retraite. Étrangement, ce départ suit les démarches d’alliance entre le Parti Québécois et Québec Solidaire. Y a-t-il un lien? Ça, Dieu seul le sait.

Par contre, attendu qu’il s’agit de la démission d’une figure de proue de la gauche québécoise, je ne peux m’empêcher de dire ceci aux souverainistes québécois: la souveraineté ne peut pas se faire à gauche. À force de programmes sociaux, de hausses d’impôts et de déficits budgétaires, la dette du Québec ayant explosé et la péréquation ayant atteint des niveaux records, le Québec ne s’est jamais rendu aussi dépendant du reste du Canada. Un ménage sérieux et draconien s’impose avant même de recommencer à parler de sécession. Est-ce que Mme David a déchanté sur le projet souverainiste, qui peine à gagner les jeunes adultes?

Et pourtant, les jeunes qui militent à gauche sont légion, et pas juste à Montréal. La gauche, en tant que telle, je constate qu’elle est de moins en moins souverainiste. On l’a vu en 2011 avec la vague orange, sinon c’est le Bloc Québécois qui aurait scoré au Québec. On le voit aussi dans les rangs du Parti libéral du Québec, qui en 50 ans est devenu une coalition de fédéralistes de tous les horizons. David Heurtel et Philippe Couillard sont plus près du NPD que des Libéraux, leur seul point en commun avec les autres est pas de référendum. Je crois que la gauche a encore un bon avenir au Québec, mais QS a malheureusement l’étiquette souverainiste et je crois que ça le handicape plus que ça l’aide. C’est pourquoi je crois qu’à la place, c’est le Nouveau parti démocratique qui va revenir au Québec, pourquoi pas avec Thomas Mulcair qui s’est fait mettre dehors de son parti au fédéral après les élections fédérales du 19 octobre 2015. Je verrais même les plus à gauche du PLQ faire le switch, et par ricochet les plus à droite rejoindre le Parti conservateur du Québec. Cela nous donnerait le trio Libéral-Conservateur-NPD et non tout le monde au Parti libéral, la coalition libérale devra sauter de toute manière tant qu’à moi. Ce qui tend à confirmer ma prédiction faite en mai 2016!

Je sais que je pète la balloune de Bernard Drainville en disant ça, mais il faut se rendre à l’évidence: en 1976, la question souverainiste a énormément distortionné le paysage politique au Québec, et centré le débat uniquement sur un OUI ou un NON à un hypothétique référendum encore aujourd’hui. Est-ce normal qu’en 2017 on envisage encore une fois de voter sur l’axe fédéraliste-souverainiste? Non, pas normal.

Heureusement, je sens que le départ de Mme David ne fera que confirmer qu’un processus à moyen ou long terme de réalignement politique est en train de se passer au Québec. Avec le départ de Pierre Karl Péladeau et de Bernard Drainville de la vie politique l’an passé, et celui de Stéphane Dion, le père de la clarté référendaire de la scène fédérale, cette autre élection partielle à tenir dans Gouin s’inscrit dans un long processus de réalignement du débat public, un processus que même les meilleures intentions de Jean-François Lisée ne sauront arrêter.

Cela dit, Mme David a au moins le mérite d’avoir toujours suivi ses convictions contrairement à tant d’autres politiciens. Sur ce point, elle a droit à mon respect et à mon admiration. Et contrairement à Mme David elle-même en commentant la défaite de Mario Dumont en 2009 et de Stephen Harper en 2015, je désire lui souhaiter le meilleur dans ses futurs projets. Bonne chance, Mme David. Non, je ne lui dirai pas bon débarras.

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