Le Québec peut bien être inerte…

Pourquoi rien ne change en politique? Pourquoi autant de gens ont-ils baissé les bras? Pourquoi plus personne ne dénonce des situations récurrentes toujours pas corrigées par nos dirigeants, qui ont pourtant le pouvoir de le faire? Pourquoi le taux de participation aux élections – fédérales, provinciales ou municipales – ne cesse-t-il de baisser? Se pourrait-il qu’en tant que société, nous soyons les artisans de notre propre malheur? Et cela, en ne faisant rien pour que ça change?

Réclamer, dénoncer, revendiquer, militer, nous le faisons. Chialer, ça, on ne manque pas une occasion de le faire. Mais qu’en est-il de la participation aux consultations citoyennes? Du dépôt de propositions dans les congrès de partis politiques? De l’envoi de lettre d’opinion dans les journaux? Des candidatures aux élections? Silence radio. Ou si peu. Il y a par contre quelques rares mais belles exceptions, comme Jean Bottari, qui dénonce les lacunes du système de santé, ou Guy Morin, de Tous contre un registre des armes à feu.

Et pendant ce temps, ceux qui défendent le système actuel, eux, s’activent que ce soit en congrès ou aux élections. Ce sont eux que nous retrouvons aux cocktails dînatoires ou soupers spaghetti de nos députés. Même l’aile jeunesse de partis comme le Parti libéral du Québec est carrément sclérosée par rapport à mes jeunes années, où des Mario Dumont en puissance se bousculaient aux conventions et les propositions pour changer les choses abondaient!

Tant de leaders, de battants, de défenseurs de diverses causes qui devraient siéger au conseil municipal de leur ville, à la Chambre des communes ou l’Assemblée nationale… mais qui restent chez eux. Ne serait-ce pas le problème?

Ces personnes inertes sur le plan politique, j’ai malheureusement un mot très dur pour les qualifier : les faiseux. André Arthur les appellerait les « fa ben », et dans le dictionnaire, section proverbes on retrouve la célèbre locution « grand parleur, petit faiseur ».

Je vais illustrer cette inertie politique par trois exemples :

Exemple 1 : Touchez pas à mon corps!

Récemment au Québec, l’opposition officielle a voulu présenter un projet de loi qui modifie l’administration du don d’organes et de tissus (lien ici), en rendant le don automatique et en renversant le processus de consentement en demandant à ceux qui s’y opposent de signer des papiers de refus, au lieu de continuer de courir après les gens qui y consentent afin qu’ils signent enfin leur carte de don d’organes!!

Évidemment, il y a des opposants au projet de loi du PLQ. Ceux-ci sont très actifs sur les réseaux sociaux pour dénoncer le contrôle de l’État sur le corps humain, alors que cela n’a rien à voir. Il ne s’agit que d’une simplification administrative, car le gouvernement présume que la majorité des Québécois acceptent de donner leurs organes et tissus à leur décès, et que les opposants sont minoritaires.

Ces gens qui se disent libertariens sont également en colère d’apprendre que même le Parti conservateur du Québec a voté en congrès une résolution qui va dans le sens du projet de loi, soit la Résolution 33. Jusque-là, ça va. Mais lorsque, en ma qualité d’organisatrice régionale pour le parti, je les exhorte à prendre leur carte de membre et à venir débattre à notre prochain conseil général pour enlever cette résolution qu’ils détestent tant, c’est là que ça se gâte… Où ils ne me répondent pas, ou ils m’envoient paître!!

Pourquoi, saperlipopette? S’ils ne proposent pas une résolution qui annule la résolution 33 du programme, eh bien, la résolution 33 sera toujours au programme, que cela leur plaise ou non. Ce sont des militants conservateurs qui l’ont votée en congrès, et cela de bonne foi. Ne devrait-on pas prendre comme exemple le regroupement LGBTory Canada qui a milité pour qu’on retire la résolution sur le mariage des conjoints de même sexe, qui était toujours dans l’énoncé politique du Parti conservateur du Canada alors que la loi a été changée par le gouvernement de Paul Martin il y a environ 15 ans? Ils ont réussi, en 2016 au congrès de Vancouver, le vote a basculé en leur faveur, et ce texte qui est désuet, oui désuet (!), a été retiré du programme. J’y étais. Et j’ai voté pour qu’on retire le texte. Et j’étais heureuse. Moi, la chrétienne que je suis, j’ai fait la part des choses: on ne peut pas remettre la pâte dans le tube de dentifrice.

Pourquoi ces gens qui militent pour la défense absolue de la liberté de disposer de notre propre corps ne se regroupent-ils pas pour militer en ce sens?

Il y a des choses faciles à revendiquer en se mobilisant, par exemple en formant un OBNL qui loue une table lors des congrès politiques et sollicite des entrevues à la radio ou la télévision:

  • Décriminaliser toutes les drogues (je suis personnellement contre, mais bon, il y a des tas de gens pour)
  • Permettre l’aide médicale à mourir dans un papier notarié qui est valide en cas de coma ou de maladie d’Alzheimer (je suis également contre, mais je respecte l’opinion de ceux qui y croient)
  • (Ajoutez ici ce que vous voulez faire)

S’ils ne font rien, ils n’ont rien. Ce sont certes des libertariens, ils s’affichent comme tel, mais où est la mobilisation? Nulle part, car à force d’inviter ces gens à prendre leur carte de membre et de me faire envoyer valser, j’ai carrément lancé la serviette, et aujourd’hui je continue de les regarder chialer. C’en est affligeant… Et ce n’est pas fini.

…et malheureusement pour eux, le projet de loi a de très bonnes chances de passer!

Exemple 2 : j’aime votre parti, mais quand est-ce que le chef démissionne?

Un phénomène que je ne supporte plus, et qui touche tous les partis (sauf exception, parlez-en à Thomas Mulcair en 2016). Avez-vous remarqué que ceux qui contestent le plus le chef d’un parti ne sont pas membres dudit parti?

On le voit présentement après la dernière élection fédérale : beaucoup de gens qui se disent conservateurs et/ou qui ont voté pour le Parti conservateur du Canada le 21 octobre dernier, sans parler d’animateurs radio et chroniqueurs politiques, réclament la tête de son chef Andrew Scheer. Mais combien ont leur carte de membre? Combien sont membres d’associations de circonscription? La constitution du parti est pourtant claire, un vote de confiance aura lieu au prochain congrès de la formation, qui aura lieu au printemps 2020 à Toronto.

Vous voulez que M. Scheer s’en aille? Vous réclamez Caroline Mulroney ou Peter MacKay? J’ai des petites nouvelles pour vous : vous risquez d’être déçus si vous ne faites que chialer, chez vous bien tranquilles à regarder le hockey les deux pieds sur le pouf. Vraiment affligeant, vivement avril…

En passant, je suis membre en règle du parti, je suis dans le conseil d’administration de mon association de circonscription, et à moins d’un empêchement je désire participer au congrès. J’aurai donc mon choix à faire. Eh oui, moi je serai de ceux qui voteront. Pourquoi pas vous?

Ah oui! Soit dit en passant, je le vois également au provincial, des tas de conservateurs québécois qui appuient les idées du PCQ, mais qui réclament la démission de son chef Adrien Pouliot… mais qui ne prennent pas leur carte de membre pour participer au congrès, où un vote de confiance a lieu, tiens donc…

Il y a un mois, j’ai carrément fait exploser ma colère devant un membre de la CAQ qui se servait de la chefferie comme défaite pour ne pas nous appuyer. Je vais te le dire en pleine face, mon ami: Adrien Pouliot sera encore le chef aux prochaines élections parce que des maudits faiseux comme toi refusent de le destituer en congrès! Voilà.

… pis viens pas chialer!

Exemple 3 : les députés sont des hommes !!!

Autre phénomène qui me laisse bien songeuse : les féministes qui veulent plus de femmes en politique ne mettent pas leur face sur un poteau! Et ensuite, après chaque élection, elles se plaignent du choix démocratique de leurs concitoyens. C’est devenu systématique. Sylvie Boucher, députée conservatrice défaite le 21 octobre, a ouvertement remarqué combien de femmes se sont présentées, mais n’ont pas gagné. Avec raison.

C’est pourquoi je vous le dis : vous voulez des quotas de femmes dans les partis politiques? Cela ne nous donnera que des potiches, car les militantes seront toujours à l’extérieur. Voilà!

Vous comprenez où je veux en venir maintenant? Je m’adresse donc à vous, chers faiseux. Vous voulez du changement en politique? Mobilisez-vous!

Écrivez des lettres à vos députés, fondez des OBNL, impliquez-vous dans le parti politique de votre choix, présentez vos idées en congrès, en conseil général ou en commission jeunesse, mettez votre face sur un poteau, travaillez pour le candidat qui présente des idées proches des vôtres, mais s’il vous plaît, sortez de vos cabanes et faites quelque chose! Sinon, ça ne changera pas.

…et vous continuerez de chialer.


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