Les Red Tories et l’article 15

Qu’est-ce qu’un Red Tory?

Selon Wikipédia :

En politique canadienne, un Red Tory est un partisan conservateur qui épouse aussi les idées progressistes économiques (ou sociales) et appuie l’État providence.

De manière générale, les Red Tories prônent un libéralisme économique modéré combiné à un degré de progressisme social qui peut varier.

Au Québec, depuis que le Parti libéral du Québec n’est plus officiellement affilié au Parti libéral du Canada depuis les années 1960, on identifie la plupart des Red Tories par leur carte de membre du Parti conservateur du Canada au fédéral et leur carte de membre du Parti libéral du Québec au provincial.

Comment traduit-on Red Tory au Québec?

Plusieurs variantes dans notre jargon de militants conservateurs vivant à Québec et aux environs, certaines vraiment humoristiques :

  • Les Libéraux à cravate bleue
  • Les Mauves – à cause du mélange des couleurs
  • Les Bipolaires – expression popularisée par Éric Barnabé
  • Les Conservateurs à la sauce rouge
  • Les Conservateurs libéraux – une contradiction évidente prononcée ouvertement sur Facebook par un militant que je ne nommerai pas
  • Les Mélangés

Pourquoi?

D’abord, à cause du débat public qui tourne depuis plus de 40 ans sur l’axe fédéraliste-souverainiste (je répète que ce débat n’a plus lieu d’être), adhésion par défaut, quoi… Ensuite, parce qu’il a fallu attendre à 2012 pour (re)voir les premiers candidats conservateurs du Québec à des élections provinciales au Québec. Enfin, parce qu’il est très difficile pour le Parti conservateur du Québec de faire parler de lui dans les médias de masse au Québec (et pourtant, on travaille fort). Mais surtout, parce que de 2012 jusqu’à cette année, jamais une association de circonscription fédérale conservatrice n’a officiellement donné son appui au PCQ ni aidé le candidat conservateur lors d’une élection générale ou partielle au Québec. On appuyait plutôt le candidat libéral, et à quelques endroits c’est la CAQ qui a fait le plein d’organisateurs conservateurs en 2014, témoignage d’un ami du Centre-du-Québec à l’appui.

Heureusement, le nouveau chef du PCC Andrew Scheer est un des 5 candidats à la chefferie qui ont promis d’aider notre parti en vertu de l’article 15 des statuts du parti fédéral, et est un des quatre qui ont fait l’effort de venir nous voir à notre congrès tenu les 8 et 9 avril derniers.

Andrew Scheer a gagné. Tiendra-t-il sa promesse?

Je vais vous dire bien franchement, jusqu’à un 5 à 7 tenu l’hiver dernier à Québec, je ne connaissais pas M. Scheer. Ma première impression était bonne, il se débrouillait très bien en français, mais je le trouvais un peu timide et de toute manière je travaillais dans l’équipe de Maxime Bernier. Au congrès du PCQ, ça s’est étrangement gâté : son discours était trop générique, dit avec un ton plus qu’hésitant, sans émotion et avec un débit à peine audible. Je me fichais éperdument de son accent anglais, je le comprenais parfaitement, mais sur ses orientations de campagne j’étais songeuse, qu’avait-il d’autre à nous offrir?

Malaise! Ce fut un turn off total. Mais comme il nous avait réitéré son appui et son aide en congrès, et surtout attendu qu’il a pris la peine de venir nous visiter à un événement officiel capté par Radio-Canada (ce n’est pas rien), j’ai convenu avec mon mari de le mettre dans nos choix sur nos bulletins de vote une fois qu’on les a ramassés dans notre boîte aux lettres.

En fait, les seuls candidats qui ont suivi Bernier sur nos bulletins furent les 3 autres qui, au moment de recevoir nos bulletins (et de le remplir tout de suite!), avaient exprimé leur respect de l’article 15 et leur appui au PCQ. (Chris Alexander, le 5e à nous appuyer, a répondu en retard, nos bulletins étaient déjà à la poste…) Mais nous avons tous les deux mis Scheer en 4e position en raison de ma (très) mauvaise impression qui persistait même un mois après le congrès de mon parti…

… et malheureusement pour lui, on a été sur le bord de ne pas le choisir du tout. C’est qu’après notre congrès, au Québec, plusieurs événements se sont produits et qui m’ont fait DÉTESTER ce candidat de la Saskatchewan, à tort ou à raison :

  1. Les militants des Amis de la gestion de l’offre et de l’Union des producteurs agricoles, qui ont vendu des cartes de membres par milliers, ont donné comme directive officielle une liste de choix qui incluait Andrew Scheer. Zut!
  2. Les 4 députés québécois qui ont appuyé Scheer, dont le mien (Pierre Paul-Hus), n’ont eu comme argument de soutien que ces phrases creuses, et désolée Pierre, ce sont des phrases très creuses: C’est un homme rassembleur, C’est un joueur d’équipe, C’est le seul qui peut vraiment battre Justin Trudeau, C’est un homme de cœur, Il ne cherche pas la division… C’est tout??? Je m’excuse, ce n’est pas suffisant pour me convaincre de voter pour lui, au contraire, je regrettais mon 4e choix! Quelle horreur! Pierre, tu m’as mal vendu ton candidat, BORDEL DE MERDE!
  3. Certains membres de l’équipe de Maxime Bernier ont été très critiques envers l’organisateur d’Andrew Scheer. Je vous ferai grâce des détails et des manœuvres douteuses dudit organisateur, parce que la course est terminée. Ça n’avait rien pour me donner le goût de travailler avec lui en tout cas… Saperlipopette!
  4. Le mouvement pro-vie s’est invité à la course à cause de deux candidats qui s’affichent ouvertement anti-avortement : Pierre Lemieux et Brad Trost. Rapidement, j’ai compris que les partisans de MM. Lemieux et Trost ne mettraient pas Maxime Bernier dans leurs autres choix. Et les deux candidats sont allés chercher ensemble 15,73% au premier tour. Flûte!!!

Au lendemain de la victoire, j’ai donc eu un énorme malaise. Malaise que je n’aurais probablement pas eu si on avait plutôt couronné Kellie Leitch (je savais où elle allait, et son orientation identitaire) ou Erin O’Toole – parce que Gérard Deltell a fait sa job, c’est-à-dire qu’il avait donné de bien meilleurs arguments pour défendre son choix que son collègue de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles pour Scheer. En clair, ça part mal… La phrase « Rassurez-moi, quelqu’un! » était sur mes lèvres durant des heures.

Photo: CBC

Mais lundi dernier, à sa première journée en chambre à titre de chef de l’Opposition officielle de Sa Majesté, j’étais surprise de savoir que mon chef conservateur a d’abord été attaqué parce qu’il défend la… liberté d’expression. PARDON?? Le gouvernement Trudeau qui se veut transparent et ouvert crache sur un méchant conservateur qui dénonce la censure? Ben coudon’! Ensuite, sur Twitter j’ai vu qu’Andrew Scheer, contrairement au premier ministre Trudeau, dénonce la persécution des chrétiens au Moyen-Orient. Enfin, quelqu’un qui identifie cet enjeu majeur! Et finalement, en scrutant l’actualité du côté du Canada anglais (vilaine!), on me l’a plutôt présenté comme un homme… de droite économique. Surprise!

Il ne serait donc pas un Red Tory? Ben coudon’! Concernant sa visite pénible au congrès du PCQ, nous pouvons maintenant blâmer la fatigue ou juste une contre-performance de la part de M. Scheer. Ou encore son équipe de campagne ne l’avait pas correctement informé qu’il visitait des gens de droite bien assumés qu’on n’a pas besoin de convaincre et qui militent pour la réduction de la taille de l’État, et non un brunch des Chevaliers de Colomb de Charlesbourg. Aurait-il tenu le même discours s’il se savait en terrain ami? Est-ce mon député (qui l’accompagnait) qui avait peur que certains éléments de la plate-forme d’Andrew Scheer ne plaisent pas aux militants conservateurs provinciaux?

Il me reste donc à espérer que M. Scheer, à qui j’ai choisi de me rallier à 100% malgré mes émotions encore à fleur de peau, honorera sa promesse d’appuyer les Conservateurs du Québec, comme son parti appuie les formations conservatrices ou progressistes-conservatrices d’autres provinces canadiennes. On a, au parti, un bénévole qui en fait un projet personnel parce qu’il a travaillé pour lui lors de la course. Et qui le connaît beaucoup mieux que la plupart des militants conservateurs du Québec.

Et surtout, je souhaite ardemment que le Parti conservateur du Canada ne sorte pas trop amoché de cette course à la chefferie à moyen terme, même si dans l’immédiat, plusieurs de mes amis ont pété leur coche sur Facebook et déchiré leur carte de membre. Faute de connaître l’homme, plusieurs (à la radio) l’ont accusé d’être un Red Tory et même accusé ses collègues du Québec de trahison! Mais aujourd’hui j’en doute si je me fie à sa première journée, enfin, Dieu seul le sait…

En passant, je comprends parfaitement la réaction de mes amis, ce n’est jamais drôle de perdre, à moi aussi ç’a fait quelque chose de voir mon favori se faire doubler par même pas 2%, un score quasi identique à celui du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec.

Que donnerait un appui au PCQ par les Conservateurs du Canada et leur chef? Je sais, tous les organisateurs et bénévoles de la machine libérale provinciale ne suivront pas forcément, mais ça pourrait avoir un impact positif sur le vote, le membership et peut-être le choix de certains militants de longue date d’aller ailleurs aux prochaines élections en raison du choix qui s’offre désormais à eux. Et sur les médias, SVP!!!

C’est mon souhait, en tout cas si vous militez présentement pour les Libéraux, que vous vous remettez en question et que ça vous intéresse de m’aider dans ma campagne dans Jean-Lesage et grossir mon équipe (oui, j’en ai une!), vous n’avez qu’à me contacter. Je ne mords pas!

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