Mutations majeures à venir dans le paysage politique québécois?

Petite réflexion, comme ça, en ce 3 mai 2016.

J’ose  poser la question: le départ surprise de Pierre Karl Péladeau marquera-t-il un changement majeur dans le paysage politique du Québec?

Mon expérience politique et mes observations du milieu m’ont amenée à cette interrogation, je me trompe peut-être: la question nationale, qui a alimenté les débats pendant les 40 dernières années, vient-elle de tomber hier à 14h00? Je crois que oui.

Je doute sincèrement que le Parti québécois survive à la perte de celui sur lequel tous avaient misé toutes leurs cartes. À deux ans des élections, en effet, les partis normalement préparent déjà leur campagne et leur plate-forme électorale, or il y aura une course à la chefferie du PQ, une autre.

Il ne faut pas oublier que l’élection de Justin Trudeau représentait peut-être pour certains militants péquistes un espoir de rallumer la flamme souverainiste en raison de l’histoire de la famille Trudeau et ce qu’a fait feu Pierre Elliot Trudeau dans les années 1980 (mise des sièges libéraux en jeu durant la campagne référendaire, rapatriement plus ou moins inélégant de la constitution en 1982 et l’antagonisme évident entre M. Trudeau et René Lévesque).

Mais avec le fils aujourd’hui, les jeunes sont ailleurs! Ils appuient Justin, c’est évident. Du moins pour le moment. À cause de ces circonstances, il est clair que l’option souverainiste n’a plus l’appui de la frange de la population dont le PQ a pourtant le plus grand besoin, soit les 18-35 ans.

J’ai d’ailleurs appris dans les branches que les professeurs de cégep seraient en train de travailler fort pour gagner les jeunes d’aujourd’hui à la cause… réussiront-ils? Pas sûre de ça.

Je crains donc que le parti de René Lévesque se disloque complètement dans les prochaines années, surtout s’il subit une importante défaite aux prochaines élections. Mais je crois que cela ne sera pas une mauvaise chose.

Pourquoi? La question nationale éclipse les vrais enjeux depuis déjà trop longtemps, et la politique partisane est carrément faussée à cause de cela. Si on n’est pas souverainiste, où va-t-on? Dans le Parti libéral du Québec!

Malheureusement depuis la mort de Robert Bourassa et peut-être même avant, le PLQ est devenu une coalition hétéroclyte de plusieurs fédéralistes de tout acabit, vraiment de tout acabit:

  • Gens de droite (Martin Coiteux, Dominique Anglade)
  • Gens de gauche (je les appelle les donneurs de contrats, subventions, etc.)
  • Environnementalistes (David Heurtel)
  • Gens d’affaires (Pierre Arcand, Julie Boulet, Louis Audet, qui siège au c.a. de l’Idée fédérale)
  • Journalistes (Christine Saint-Pierre)
  • Conservateurs fédéraux — beaucoup ont leur carte de membre du PCC et du PLQ, un bien curieux tandem, n’est-ce pas?
  • Gens de la classe moyenne (Véronyque Tremblay)
  • Jeunes pragmatiques qui veulent sincèrement changer le Québec (la Commission jeunesse du parti est majoritairement à droite, ironiquement ses idées sont parfaitement compatibles avec celles du Parti conservateur du Québec)
  • Carriéristes (Sébastien Proulx, Gaétan Barrette)
  • La communauté anglophone (pour eux, c’est par défaut)
  • Immigrants, etc.

Ils ont tous un point, un seul, en commun: pas de référendum!

Hélas, je crains que cette coalition ne tienne qu’à un fil et qu’elle éclate maintenant que la menace souverainiste est derrière nous. Si aujourd’hui, on semble tolérer les politiques vertes de Philippe Couillard, cette tolérance tiendra-t-elle avec l’option souverainiste en perte de vitesse et l’arrivée éventuelle d’Adrien Pouliot et d’une équipe, si petite soit-elle, de députés conservateurs à l’Assemblée nationale en 2018?

Personnellement, je considère que c’est une excellente chose pour plusieurs raisons, notamment parce que les gens qui sont à droite sont constamment muselés pour éviter de déplaire aux donneurs de subventions directement menacés par toute réforme, et aussi parce que les gens qui sont plus à gauche seraient mieux dans un parti fédéraliste plus à gauche comme le Nouveau Parti Démocratique.

Ce que je crois, donc, c’est que le lent déclin du Parti québécois amènera par la force des choses une réorganisation dans le paysage politique parce qu’on passera enfin à autre chose. Sans la question nationale, plus de débat souverainistes-fédéralistes, donc, place aux enjeux qui touchent réellement les Québécois:

  • Santé
  • Éducation
  • Économie
  • Environnement
  • Fiscalité

La principale conséquence, dans mon livre à moi, est que les partis politiques n’auront pas le choix de se réorganiser. Le Québec, en ce moment, est distinct du reste du Canada jusqu’à la politique partisane.

Alors qu’ailleurs au Canada on a un trio plus traditionnel, soit un parti libéral, un parti conservateur ou progressiste-conservateur, et une formation néo-démocrate, avec quelques exceptions comme le Wildrose albertain et le Saskatchewan Party, et dont les positions sont sur l’échiquier gauche-droite, au Québec on a plusieurs partis souverainistes ou nationalistes (Parti québécois, Coalition avenir Québec, Québec Solidaire), deux partis fédéralistes (Parti libéral et Parti conservateur) et quelques plus petits partis de niche (Parti vert, etc.) tous positionnés sur l’axe fédéraliste-nationaliste-souverainiste. La différence est énorme!

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J’entrevois donc des alliances, voire des fusions. Pourquoi pas le retour du NPD québécois? Thomas Mulcair est disponible depuis peu, un retour à l’Assemblée nationale ne serait sûrement pas à exclure. Donc, pourquoi pas une fusion avec Québec Solidaire si ses militants font le choix des politiques sociales au détriment de la question nationale?

Quant aux gens de droite, ils ont le Parti conservateur du Québec. Désolée de péter la balloune de François Legault, mais il a commis une grave erreur en refusant de positionner la CAQ sur l’échiquier politique (gauche, centre ou droite). Un jour ils sont à droite, un jour à gauche et l’autre au centre. Un jour ils hurlent parce qu’une entreprise québécoise est achetée (gauche), l’autre jour ils se lamentent de la fiscalité trop étouffante des PME (droite), ou encore ils jouent le même jeu que les Libéraux en demandant au gouvernement d’intervenir (subventions), et malheureusement ils en sont venus à faire comme le PLQ, c’est-à-dire suivre la mode et les sondages. Quel dommage!!

J’invite donc tous mes lecteurs à passer le mot, car plusieurs conservateurs fédéraux, qui pensent n’avoir d’autre choix que de rester au PLQ, auraient pourtant tout à gagner à appuyer la formation d’Adrien Pouliot afin de favoriser le débat gauche-droite qui est plus pertinent que jamais. De même, plusieurs militants néo-démocrates, que je sais réticents à aller à Québec Solidaire, auraient sûrement tout à gagner en relançant le Nouveau parti démocratique du Québec.

Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec.
Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec.

Et pour ce qui est du Parti libéral comme tel, il est clair qu’il perdra des joueurs dans tout ça, mais tous ces membres qui iront sous d’autres cieux ont-ils vraiment des atomes crochus avec ce parti? Je n’en suis pas sûre.

Cela fera assurément mal, mais au moins la formation n’aura pas le choix de revenir à ses bases libérales et se refaire une boussole, une plate-forme électorale plus précise et un programme. Car présentement, ce parti n’a aucune boussole, et il gouverne par sondages et groupes d’intérêt. Il est parti depuis longtemps, le parti de l’économie de Robert Bourassa (que j’aimais bien finalement).

Je suis convaincue que cette réorganisation ne sera que positive, enfin j’aimerais qu’elle se fasse, cela permettra sûrement au Québec d’avancer et d’arriver au 21e siècle. C’est que nous sommes présentement figés dans des vieux débats des années 1970, il est temps que ça arrête!

 

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