Pourquoi je n’ai pas suivi Maxime Bernier

Des gens commencent à dire ouvertement qu’ils ont déchiré leur carte de membre du Parti conservateur du Canada et ont adhéré au Parti populaire du Canada. J’ai également appris que des associations de circonscription conservatrices ont perdu des administrateurs au profit de ce nouveau parti fondé par le député Maxime Bernier, de Beauce. Je respecte leur choix à 100%.

Attendu que tout mon réseau de contacts est divisé en deux à un an des élections fédérales, j’ai décidé d’écrire sur ce blog pourquoi, au contraire, j’ai choisi de ne pas le suivre.

Image: L’Actualité

L’aptitude au leadership

Est-ce la quarantaine qui me frappe de plein fouet face à plusieurs de ces crinqués du PPC, dont plusieurs n’ont même pas 30 ans? Possible. Ou est-ce l’expérience et mes observations d’adulte qui a le droit de vote depuis 25 ans déjà et qui en a vu de toutes les couleurs? Probablement. Mais c’est clair que je ne m’entends plus avec plusieurs de mes concitoyens sur ce que doit être un bon chef de parti. Normal, chacun a ses critères de sélection, ses préférences.

Ce que je recherche chez un leader, en général, est manifestement différent de mes amis conservateurs plus jeunes. Un exemple frappant: certains d’entre eux ne me pardonnent toujours pas d’avoir suivi Jean-François Gosselin chez Québec 21 aux élections municipales de 2017 et par la suite, parce que l’ancien député de Jean-Lesage, ô horreur, ô sacrilège, s’est présenté pour le Parti libéral du Québec lors de l’élection du 4 septembre 2012 dans La Peltrie… Allez-y, mettez la musique de Psycho à pleine sono!

Maintenant que la musique est terminée… Étant moi-même une ancienne militante péquiste, j’ai choisi d’aller au-delà de cet épisode de sa carrière politique et de prendre le temps de voir ce qu’il avait dans le ventre lors de la séance de signature des membres fondateurs du parti au printemps 2017 aux Maltcommodes, à Beauport. M. Gosselin a un MBA obtenu aux États-Unis, il a la réputation d’un gars de terrain, c’est super. Donc, il sait compter et a de l’expérience comme élu, je n’ai rien à craindre de son arrivée à l’hôtel de ville de Québec. Mais il me fallait plus que ça, et j’ai vu que sur le plan familial et personnel, il est solide. J’ai pu rencontrer la plupart de ses enfants, ils sont bien élevés et ont l’air heureux dans la vie; je ne crains pas pour leur avenir lorsqu’ils seront adultes. Et son épouse est une femme de qualité, bien organisée, qui l’appuie dans son choix (élément essentiel, sans l’appui de mon propre mari je n’aurais même pas fait campagne en 2014). J’ai pu également m’entretenir avec ses parents. Cela m’a énormément rassurée, car pour aspirer à aussi haut que la mairie de Québec, et surtout affronter Régis Labeaume!!!!, dans mon livre à moi, il est important d’être équilibré, et un bon indicateur de l’équilibre d’un individu, c’est l’équilibre de sa famille. Et c’est clair qu’un jeune Millenial célibataire ne me comprendra probablement pas jusqu’à ce qu’il ait des enfants… Ces qualités de leadership ont permis à M. Gosselin d’aller chercher de bons candidats, de divers milieux. On juge le leader par son équipe. Ça aussi, ça jure avec ceux qui pensent que les idées suffisent. Or, Maxime Bernier est célibataire et on lui a collé des liaisons douteuses, notamment avec une certaine Julie Couillard. J’ai toujours douté de sa stabilité personnelle, et comme André Boisclair a semé le doute dans la population québécoise lors de l’élection de 2007 (assez pour que le PQ se retrouve à la 2e opposition!) en raison de son célibat et de ses antécédents de consommation de cocaïne, je pense que plusieurs, particulièrement des députés qui siègent actuellement à l’opposition officielle à Ottawa, ont des doutes sur la solidité de M. Bernier. Possible…

Mon expérience de vie m’a permis de comprendre qu’un bon leader doit avoir une vision claire, de bonnes idées et travailler fort, mais ce n’est pas suffisant. Il doit également être équilibré et en règle dans sa vie personnelle. Un autre exemple facile pour l’expliquer se trouve chez les Beatles, un de mes groupes préférés tous genres et toutes époques confondues : John Lennon était certes pour la paix dans le monde et a milité plutôt fort en ce sens avec sa seconde épouse Yoko Ono, mais en en lisant plus sur sa vie j’ai été déçue, il était loin de faire ce qu’il disait… En contrepartie, son compagnon Paul McCartney me semble plus équilibré, moins flamboyant, mais plus solide. À choisir entre les deux, c’est Sir Paul qui l’emporte.

Sincèrement, pour avoir travaillé avec lui lors de la course à la chefferie, j’ai pu voir que Maxime Bernier était une bonne personne, qu’il avait des idées bien arrêtées et qu’il ne se laissait pas influencer par les médias et groupes d’intérêt, ce qui peut être une force en cas de crise ou lors du processus d’adoption d’un projet de loi ou d’un budget qui ne fait pas l’affaire de tout le monde. J’ai pu mesurer l’intensité de son travail à travers le Canada. Mais par la même occasion, je trouvais curieux que seulement 2 députés du Québec l’aient appuyé… jusqu’à ce que j’en sache un peu plus sur ce qui se passe dans le caucus conservateur.

On m’a dit que M. Bernier n’est pas un joueur d’équipe, qu’à plusieurs reprises il a pris position sans consulter personne, et qu’il a carrément mis son directeur de campagne Jacques Gourde, député de Lévis-Lotbinière, dans le trouble lorsqu’il a pris seul la décision de proposer dans sa campagne à la chefferie l’abolition de la gestion de l’offre. L’idée en elle-même est bonne, il est temps qu’on se débarrasse de ce système. Mais on connaît la suite, l’enjeu a divisé pas à peu près, et a survécu à la chefferie parce qu’une association a voulu qu’on adopte cette résolution au dernier congrès conservateur tenu en août 2018 à Halifax. Malheureusement, on n’a pas pu en débattre en atelier. Mais je suis convaincue qu’elle sera encore dans le cahier de proposition en 2020. Faudra s’y faire, les amis!

Du coup, j’ai mieux compris les sous-entendus exprimés par mon député, Pierre Paul-Hus, lorsqu’il a motivé son choix d’appuyer le député de Regina-Qu’Apelle (pardonnez-moi si je l’ai mal orthographié) Andrew Scheer, que je ne connaissais pas :

  • C’est un homme rassembleur
  • C’est un joueur d’équipe
  • C’est un homme de cœur, un bon père de famille

Pierre, je te dois des excuses! N’étant l’attachée politique de personne à Ottawa, je ne sais pas ce qui s’y passe, je trouvais donc ses déclarations bizarres. En effet, je pensais que M. Paul-Hus ne mentionnait que le minimum syndical pour aspirer à être le premier ministre du Canada, juste cela, et je n’arrêtais pas de répéter à tout le monde : « Coudon’! il a quoi d’autre à offrir, lui? ». Un entretien téléphonique récent avec le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, que je tiens à remercier personnellement d’avoir répondu à mes questions, m’a permis de mieux comprendre ce que mon député voulait dire :

  • Maxime Bernier était loin de faire l’unanimité dans le caucus conservateur, donc peu ou pas rassembleur… Oups!
  • Scheer est un joueur d’équipe : j’ai vite compris que M. Bernier ne l’est aucunement, j’ai eu au moins trois témoignages distincts disant qu’il a toujours fait bande à part… Flûte!
  • Homme de cœur, bon père de famille, traduction : moi le député je cherche quelqu’un qui est solide sur le plan personnel et familial, le reste viendra après… Ben coudon’!

J’ai compris que mon député cherchait, comme moi sans que je m’en rende compte, un joueur d’équipe capable de négocier, quitte à sacrifier sur la plate-forme comme telle. Après environ 18 mois à chercher à en savoir plus sur M. Scheer, à me répéter sans cesse de tenir mon engagement à me rallier au gagnant lorsque j’ai choisi le candidat avec qui travailler, et à supporter les critiques parmi mes amis, et malgré mes larmes lors de l’annonce du décompte final – digne du référendum d’octobre 1995 – je me suis vraiment ralliée à Andrew Scheer, même si je ne le connaissais pas. Je me suis dit qu’on doit faire campagne avec lui, donc gagner ou perdre avec lui, simplement. On verra après l’élection.

Oui, je sais, vous allez me dire qu’il est beige sur le plan des idées, qu’il est gêné, qu’il a fait des compromis en chambre, etc. D’abord, pour les idées, c’est à vous, les amis, de militer dans votre association de circonscription et de voir à ce que les propositions de Maxime Bernier soient inscrites dans la plate-forme IdeasLab, qui prépare le cahier de proposition du prochain congrès. Sachez que le programme d’un candidat à la chefferie n’est pas ajouté automatiquement au programme, c’est aux membres d’en débattre lors d’un congrès. Je peux comprendre qu’à part la gestion de l’offre les autres idées se soient perdues, mais rien ne vous empêche de les soumettre à nouveau. Mais non, vous êtes partis militer dans un autre parti, alors tant pis, rien ne garantit que les propositions que vous aimez se retrouveront un jour dans le programme du Parti conservateur faute d’avoir une association prête à les présenter dans un futur rapproché…

Ensuite, pour les compromis, je vais être plate, mais c’est normal en politique qu’on en fasse. Rester campé sur ses positions est le gage d’une personne tough, forte de caractère, rebelle, aux reins solides en apparence, mais dans la vraie vie c’est rarement sain, rarement démocratique. On gagne rarement à vouloir imposer une vision X sans l’améliorer, sans écouter ses collègues, sans rien évaluer, juste parce que c’est notre vision. Le My Way or the Highway, c’est bien beau, ça attire du monde, mais voyez ce qui est arrivé à Martine Ouellet, elle a dû quitter le Bloc Québécois parce qu’incapable de s’entendre avec les députés de son caucus. Si on veut attirer plus que ceux qui partagent nos idées à 100%, il faut être ouvert à toutes les nuances de gris d’un parti qui cherche à rassembler tout ce qui est à droite du centre, sans rejeter ceux qui ne sont pas à notre goût.

Enfin, pour la personnalité… Sur une échelle de 0 à 100 pour le charisme, le très honorable Stephen Harper était à -20, mais il a réussi à faire fonctionner un gouvernement minoritaire et a su faire face à la crise économique de 2008 avec brio. Il fut un bon premier ministre, malgré un français encore un peu difficile et l’air trop beige. Moi, les beiges, s’ils sont capables de bien diriger une ville, une province ou un pays, amenez-en! Je sais, c’est moins glorieux, c’est moins sexy, mais on n’est pas à la Voix ni à XOXO, on est en politique, les amis.

Les fameux « faux membres »

Celle-là, c’est celle que j’entends le plus! On accuse les membres de l’UPA, les pro-vie, et plein d’autres lobbyistes d’avoir acheté des cartes de membre du Parti conservateur du Canada pour bloquer Maxime Bernier à la chefferie et on s’en scandalise…

Et pourtant, c’est comme ça depuis que la chefferie a commencé à se décider par le vote des membres du parti et non seulement des délégués lors d’un congrès! En 2005, la communauté gay et lesbienne a voté massivement pour élire André Boisclair chef du Parti Québécois. En 2009, Infoman a démontré à sa manière que n’importe qui peut devenir membre de l’ADQ, et quelques votes de dernière minute ont déclaré gagnant Gilles Taillon, ce qui a causé le départ du caucus de députés comme Éric Caire, dont je comprends la déception parce que sa campagne à la chefferie était la meilleure et il voulait le poste… Et que dire des deux courses rapprochées à la chefferie du Parti Québécois (Pierre Karl Péladeau en 2015 et Jean-François Lisée en 2017)? Des gens d’affaires ont donné le 500$ maximal réglementaire à M. Péladeau, et un certain Alexandre Taillefer a appuyé M. Lisée, or c’était le directeur de la campagne du Parti libéral du Québec en octobre 2018! Mais l’exemple le plus probant de l’influence de gens de l’extérieur, et/ou de la surreprésentation de certains groupes, se trouve dans l’élection de Jagmeet Singh à la tête du NPD en 2017. Qui a acheté des cartes de membre et voté massivement pour M. Singh? La communauté sikhe! Et aujourd’hui, le parti est en grande difficulté…

C’est encore plus comique d’entendre cet argument de la bouche de gens qui disent en même temps qu’à la course à la chefferie libérale prévue en 2019 ou 2020 nous devrions nous garder un 5$ de côté afin de prendre notre carte de membre du PLQ et de bloquer Alexandre Taillefer! Vous ne voyez pas là une contradiction? Au PCC, ces cartes-là c’était le mal en personne, mais pour le PLQ pas grave… Ben coudon’!

Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais. Je comprends que des cartes achetées par des non-militants et groupes de pression pour tenter d’influencer la chefferie d’un parti soient un effet pervers de sa démocratisation des dernières années. Une personne qui achète sa carte à 90 jours du vote et qu’on ne connaît pas versus un militant de longue date qui réussit à se faire élire comme délégué pour un congrès, c’est assez frappant comme différence. Savoir que des gens qui ne voteront jamais Conservateur ont eu leur mot à dire lors de la course, oui, c’est désagréable. Mais d’autre part, une fois ces cartes expirées on perd ces gens, et de toute façon une course à la chefferie s’accompagne de plusieurs choses plus que positives qui l’emportent haut la main sur ce désagrément :

  • L’arrivée de beaucoup de nouveaux membres et bénévoles qui ont travaillé pour un candidat, qui a bien performé et qui se présente par la suite comme député
  • Une importante entrée d’argent, puisque les surplus d’une campagne à la chefferie d’un parti sont normalement transférés à sa caisse électorale
  • Des idées nouvelles qui survivent à la course à la chefferie, qui peuvent se greffer au programme du parti si elles gagnent suffisamment de militants pour être débattues et votées en congrès

C’est pourquoi, personnellement, je persiste à croire que le vote des membres est plus démocratique qu’un congrès, et qu’on doit garder la formule quitte à pondérer le vote par région ou par circonscription pour éviter la surreprésentation de certaines régions, de certains groupes d’intérêt ou de membres indésirables dans le processus.

Mes convictions

Celle-là, elle est majeure. Je sais que plusieurs seront déçus, mais je l’exprime quand même : si j’ai appuyé Maxime Bernier à la course à la chefferie conservatrice, c’est que je suis conservatrice et que je suis d’accord – même aujourd’hui – avec la plupart de ses idées. Je considérais qu’elles avaient autant leur place dans le programme du parti que celles d’autres candidats. Simplement parce que tout le spectre de droite – tout ce qui est à droite du centre, comme le répète ad nauseam Adrien Pouliot – a sa place sous une seule bannière, soit celle du Parti conservateur du Canada.

Le branding conservateur m’est très cher. Maxime Bernier est plus à droite que la plupart des autres députés conservateurs du Canada? Correct. Certains trouvent Andrew Scheer pas assez à droite à leur goût? Correct. Mais qui êtes-vous pour décider que MOI, la militante de Charlesbourg, je suis une Libérale, une LibCon et non une vraie Conservatrice juste parce que je ne vous ai pas suivis au Parti populaire du Canada? Qui êtes-vous pour me dire que mon vote prévu pour octobre 2019 sera un vote stratégique destiné à éviter la division du vote? Je suis ulcérée de tout ce jugement!

Non, mon vote conservateur ne sera pas stratégique le 21 octobre 2019… et oui, je voterai conservateur en raison de mes convictions conservatrices. Et de la même manière que j’ai répété ad nauseam que le Parti conservateur du Québec est au Québec pour rassembler tout ce qui est à droite du centre – que ce soit les Red Tories, les Conservateurs modérés, ceux qui scorent à 60% conservateur à la Boussole électorale et pas juste les purs qui atteignent les 90%, des Libéraux déçus du virage vert de Philippe Couillard à son retour de la COP21, des conservateurs sociaux, des conservateurs religieux, des citoyens tannés de payer trop de taxes et impôts, des libertariens, des minarchistes, des survivalistes et autres «istes» qui veulent tous, à leur façon, un État moins envahissant – je dis dès aujourd’hui que le Parti conservateur du Canada est au Canada exactement pour la même raison, et je refuse de voir un homme et ses suivants déclarer qu’un tel n’est pas assez conservateur et ne comprend rien. Cela sonne à mes oreilles comme Martine Ouellet qui traitait certains députés ou membres du Bloc Québécois de provincialistes.

…oui, comme Martine Ouellet qui se réclamait de l’orthodoxie souverainiste! C’est hélas l’impression que me font plusieurs militants de ce nouveau parti.

Et je suis convaincue que plusieurs citoyens canadiens vont faire comme moi et voter conservateur par conviction, même si cela sonne bizarre aux oreilles de militants et candidats éventuels du PPC qui viendront frapper à leur porte l’automne prochain durant la campagne. Je comprends leur zèle de nouveaux convertis, mais je ne comprends pas qu’ils jugent aussi facilement ceux qui n’ont pas voulu les suivre.

Mais personnellement, je me donne jusqu’au 22 octobre 2019, au matin, avant de prendre une décision finale. Sans rancune, les amis.

Image: Radio-Canada.

 

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