Pourquoi je n’appuie pas François Legault et la CAQ

Vous savez, j’ai choisi mon camp. Depuis fin 2013, je suis membre du Parti conservateur du Québec, dont je venais à peine de connaître l’existence, pour ne pas dire le retour depuis que Maurice Duplessis l’a tué et rebaptisé Union nationale en 1936. Vous savez, mon désir est de siéger à l’Assemblée nationale du Québec comme députée conservatrice, quand même je serais dans les banquettes arrières près de Manon Massé ou d’Amir Khadir. Je suis consciente que ce temps à siéger près des fenêtres ou des plantes vertes, sans reconnaissance comme groupe d’opposition ni budget qui vient avec, est tout à fait normal. Et il n’y a rien de honteux à ça, on a eu de très bons députés qui malgré leur position et leur temps de parole limité ont marqué le Québec.

Siéger sur les banquettes arrières à titre de députés indépendants, il ne faut pas oublier que le Parti québécois l’a fait en 1970 avec ses premiers députés (ils étaient 7, pas mal comme début!), l’Action démocratique l’a fait en 1994 avec Mario Dumont, Québec Solidaire l’a fait en 2008 avec Amir Khadir. Alors, s’il faut le faire, je serai prête à le faire. J’aurai alors au moins cette fierté d’avoir ramené un parti de droite et contribué à briser l’unanimité tout sauf normale à l’Assemblée nationale du Québec. Ce sera un début.

Pour moi, tout va bien. Je n’ai pas toujours été conservatrice, du moins au provincial. En 2012, j’ai voté pour la candidate de la Coalition Avenir Québec, Denise Trudel dans ma circonscription. Mais par après, sauf peut-être Éric Caire et Gérard Deltell dont je connais les valeurs, opinions et idées, au fur et à mesure qu’a évolué le gouvernement (très) minoritaire de Pauline Marois j’ai rapidement déchanté, et le parti de François Legault m’a perdue. Aujourd’hui, après toutes ces fois où je l’ai entendu hurler parce que nos entreprises québécoises se faisaient acheter par des étrangers, et son incapacité à se positionner, ainsi que son parti, sur l’échiquier politique, je crois que je ne serai pas d’accord avec sa vision du Québec de sitôt. Alors qu’il continue de défendre le modèle économique actuel (subventions aux entreprises, incluant Bombardier qu’il qualifie de fleuron québécois), la mère de famille que je suis est maintenant ailleurs : il faut changer les choses. Les subventions doivent disparaître, la hache doit être mise dans plusieurs programmes, ministères, organismes et sociétés d’État, et je ne crois plus que le statu quo permettra au Québec de retrouver le chemin de la prospérité. Je respecte M. Legault, mais ses idées ne me rejoignent plus, simplement.

Jusque-là, encore là, tout va bien. Militant dans un parti fédéraliste et de droite, je constate, sur Twitter, que beaucoup de Québécois habitué au binaire (fédéraliste-souverainiste, PQ-PLQ) ne comprennent pas que je n’appuie pas le Parti libéral du Québec sans appuyer le Parti québécois, et vice-versa. Ça ne leur colle pas que je dénonce les bêtises et de l’un et de l’autre, pas juste de l’un, pas juste de l’autre! Dès que j’accuse le premier, on me met sous le nez la dernière lubie du second, et ça continue.

Ça va bien! chanterait Kathleen Sergerie encore à ce stade. Avec le temps, les militants de la CAQ ont commencé à me lancer des pointes et à exprimer leur désaccord avec mes opinions. C’est la démocratie!

Rassurez-vous, ça va toujours bien! Mais depuis quelque temps, beaucoup de militants de la CAQ sont devenus plutôt agressifs envers ma personne et envers d’autres militants conservateurs. Sur Facebook, c’est devenu de moins en moins tolérable.

Il y en a un, en particulier, que je vais nommer Éric pour éviter de l’accabler et par respect pour lui parce qu’il est dans mes amis Facebook. Je tiens d’abord à préciser que cet ami, Éric, milite pour la CAQ, que jusqu’à maintenant il était respectueux des gens qui militent pour d’autres partis, mais qui au fédéral sont tous conservateurs et en train de travailler pour les candidats de leur choix pour la chefferie. Et surtout, qu’il a parfaitement le droit d’appuyer la CAQ comme j’ai le droit de soutenir Adrien Pouliot et son équipe. Mais depuis quelques jours, Éric ne cesse de critiquer les militants conservateurs en nous accusant :

  • D’appuyer un parti qui n’a aucune crédibilité
  • D’être une nuisance pour le Parti conservateur du Canada (Comment?? Nous sommes tous des membres du Parti conservateur du Canada, nous voulons tous ramener ce parti au pouvoir en 2019 et il croit que d’appuyer un parti conservateur provincial est nuisible pour sa contrepartie fédérale? Ben coudon!)
  • D’être un cancer
  • D’être une honte

Bref, Éric est manifestement incommodé par notre parti depuis qu’il est mentionné dans les sondages de Léger. Et il nous attaque directement avec un vocabulaire plus que douteux. Et il va jusqu’à dire qu’il invite tous les membres du Parti conservateur du Canada à ne pas appuyer le Parti conservateur du Québec, que son travail n’est pas insensé mais judicieux! Quel manque de respect de sa part. Est-ce que je l’accuse, moi, d’être une nuisance pour l’avancement des valeurs conservatrices au Québec? Est-ce que j’ai traité ouvertement François Legault et la CAQ de cancer pour le Québec? Depuis quand le travail de Maxime Bernier – qui a convaincu plusieurs membres du parti d’Adrien Pouliot de prendre leur carte du Parti conservateur du Canada pour faire avancer les valeurs conservatrices au Canada, ce qui a sûrement fait grossir le membership du parti de Stephen Harper et Brian Mulroney au Québec – est nuisible?? Ça, franchement, je ne comprends pas.

Tout d’abord, un petit rappel: le congrès national du PCQ a lieu les 8 et 9 avril prochains. Ce sera l’endroit idéal pour permettre à Éric de nous inonder de quelque objection, critique ou insulte que ce soit, face à face, devant ceux qui lui font si honte que ça!

Ensuite, je désire référer Éric à l’article 15 de la constitution du Parti conservateur du Canada :

Autrement dit, lorsqu’il y a un parti conservateur dans une province, le Parti conservateur du Canada se doit de créer des liens avec lui, c’est-à-dire de… l’appuyer. Mais bizarrement, sur les 14 candidats à la chefferie, seulement quatre ont mentionné qu’ils appuieront les Conservateurs du Québec, justement en vertu de l’article 15, et voici leurs noms :

  • Maxime Bernier
  • Andrew Scheer
  • Kellie Leitch
  • Rick Peterson

Quatre candidats, sur quatorze! Ce n’est pas beaucoup, me direz-vous, au moins c’est un début. Se pourrait-il que l’un d’eux soit le choix d’Éric, et que ça le mette en colère? À en juger par autant d’agressivité, c’est fort possible.

Enfin, je ne suis pas dupe! Je sais parfaitement ce qui fait honte aux caquistes, je sais que ça les écoeure, mais je le dis quand même: c’est que les Conservateurs du Québec sont un contingent de plus en plus grand de membres et militants potentiels qui ont choisi de ne pas appuyer François Legault et sans le vote de qui il ne pourra pas penser au pouvoir en 2018.

Sauf son respect, personnellement je ne peux plus appuyer François Legault, ce n’est pas un homme de droite et ses idées sont contre mes principes:

  • Il croit aux subventions alors que moi je veux qu’elles cessent définitivement parce que trop chères aux contribuables.
  • Il croit que l’État dans sa taille actuelle peut faire mieux, alors que j’en suis venue à croire que c’est impossible! Il faut le diminuer.
  • Il propose une structure pour remplacer les commissions scolaires alors que moi je veux qu’elles disparaissent complètement.
  • Il veut faire payer davantage les riches, quelle erreur fatale de la part d’un chef de parti qui veut rallier la droite au Québec! Cela n’est pas un discours de droite, mais bien de gauche.
  • Tout récemment, concernant le pont de Québec, le FAIL de la semaine est que M. Legault a dit qu’il est prêt à le démolir. Or, ce pont appartient au CN. Il s’est rétracté rapidement, certes, mais le mal est fait.
  • Dès qu’une entreprise québécoise est acquise par des intérêts étrangers ou du reste du Canada, il hurle et veut que nous protégions nos fleurons! Ce discours ne me rejoint plus, pour moi c’est Business as Usual. Je dirais même plus, dans mon livre à moi ce nationalisme économique est un frein à la prospérité économique du Québec. Laissons les entreprises tranquilles!
  • Et quoi encore.

Alors, oui, mon cher Éric, je suis allée voir ailleurs! Je sais que nous n’avons pas eu la chance extraordinaire de M. Legault qui a fusionné son OSBL avec un parti existant et ayant des députés qui siègent, c’est sûr qu’on commence à beaucoup moins, mais Québec Solidaire est aussi parti de rien – 5 ans avant nous! – et c’est à peine si grâce à l’arrivée de Gabriel Nadeau Dubois dans leurs rangs, je reconnais qu’ils ont maintenant le potentiel de sortir de l’île de Montréal. Autrement dit, leur travaille rapporte enfin. Ce sera notre tour à un moment donné, quitte à être cantonné pour un temps dans la région métropolitaine de Québec.

Et pourtant, en 2012 j’ai donné sa chance à la CAQ, mais j’en ai assez de son obstination à refuser de dire ouvertement si c’est un parti de gauche ou droite. Cette ambivalence pourrait lui coûter cher vu que le PQ est en phase out et que le PLQ a perdu son statut de coalition fédéraliste et surtout d’assurance souveraineté (les scandales semblent en effet l’emporter sur la crainte d’un troisième référendum dans la population, d’ailleurs on m’a rapporté que certains militants libéraux en ont assez…).

Alors, Éric, j’attends toujours le positionnement de votre chef sur l’axe gauche-centre-droite! Mais je sais très bien qu’il ne le fera pas parce qu’il va perdre des membres au profit du PQ ou, ô sacrilège, au profit des Libéraux, ou pire encore… chez les Conservateurs!!

Je préfère donc appuyer un parti qui est positionné et qui a un programme ouvertement à droite. Remarquez, mon ami, que les Libéraux ne sont pas mieux que la CAQ à ce sujet, ça fait plus de 40 ans que ce parti n’a que « votez pour nous si vous êtes contre la souveraineté du Québec » comme programme et marche aux subventions et retours d’ascenseur.

En terminant, je pose la question suivante : d’après vous, qu’auraient fait les Éric de ce monde aujourd’hui si le parti qu’ils appuient avait été contraint de commencer à zéro au lieu d’avoir la chance inouïe que même René Lévesque n’a pas eu de partir avec un Éric Caire, une Sylvie Roy, un Marc Picard, un Gérard Deltell et autres François Bonnardel comme députés?

La réponse : ils feraient face aux moqueries et se feraient écœurer par des sceptiques et autres trolls qui les accuseraient de manquer totalement de crédibilité… et les traiteraient de nuisance, voilà!!!!

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