Tramway: l’argent d’Ottawa

On n’a pas fini d’entendre parler du tramway à Québec, nonobstant la campagne électorale de l’automne 2017 durant laquelle le maire Régis Labeaume n’a promis que des parcs et s’est moqué du projet de tramway de son adversaire de Démocratie Québec, Anne Guérette, qui y allait à visière levée. Selon des sources bien informées, la majorité des gens qui ont répondu, en porte à porte, qu’ils appuyaient toujours Régis Labeaume, étaient convaincus qu’il n’ira pas de l’avant avec quelque projet de transport lourd que ce soit faute d’avoir l’appui du monde. Au final, 14% des électeurs ont voté pour Mme Guérette, donc à peu près autant de gens en novembre dernier étaient favorables au tramway. Et avant le congé des Fêtes, surprise : projet de tramway sur la table!

Je me demande bien le pourquoi d’un tel – et soudain! – intérêt pour ce moyen de transport, qui fut mis en service à Québec à la fin du 19e siècle et qui a été retiré en 1948. Le plus ironique est que c’était par opposition au tramway que ce même Régis Labeaume s’est présenté à la mairie pour la première fois en 2007… Il est donc assez difficile à suivre, je trouve.

Outre l’ambivalence quasi bipolaire du maire de Québec depuis bientôt 11 ans sur le tramway, il ne faut pas oublier que de l’argent public est impliqué dans l’affaire. M. Labeaume, en débat des chefs, avait dit que la ville de Québec a absolument droit à sa part du programme fédéral des infrastructures et que si on ne faisait rien on n’aurait pas d’argent. La réplique de Jean-François Gosselin fut cinglante : le maire est généreux avec l’argent des autres!!

Personnellement, je suis totalement contre cette façon de gérer. Quémander à tout prix de l’argent des impôts de tous les Canadiens d’un océan à l’autre, pour moi c’est nul comme argument. Si j’étais la mairesse de Québec, je serais prête à me passer des subventions d’Ottawa si on peut fonctionner sans, le reste du Canada ayant pas mal donné en péréquation et en impôts…

Par contre, je ne suis pas idiote à temps plein, je sais que l’acquisition de nouveaux autobus et l’embauche de nouveaux chauffeurs au Réseau de transport de la Capitale coûtent très cher, c’est pourquoi je reconnais que si on a un bon plan de match, profiter d’un programme comme celui des infrastructures (fédéral) serait bien pour améliorer le service dans les quartiers périphériques comme Cap-Rouge, Val-Bélair, Lac-Saint-Charles, Beauport ou Charlesbourg. C’est pour cela que je me demande pourquoi le maire Labeaume n’a pas simplement demandé au premier ministre Justin Trudeau de l’argent pour lesdits autobus, mais qu’à la place il tient tant à tout dé-wrencher le centre-ville de Québec pour y (re)mettre des rails.

Si c’est ce que Myriam Ségal appelle le syndrome du pharaon, comme le Plan Nord pour Jean Charest et l’ambitieux Projet Saint-Laurent que François Legault voudrait léguer aux Québécois, je trouve qu’on y va un peu trop fort avec un tramway. Il y a tant d’autres jalons, moins dispendieux et moins invasifs qu’un tramway, que pourrait nous léguer notre maire comme héritage, comme par exemple : rembourser la dette de la ville, aider à former des conseils de quartier là où il n’y en a pas, régler une fois pour toutes le cas de l’église Saint-Cœur-de-Marie, changer la réglementation municipale pour rendre les rues touristiques plus festives, baisser les taxes commerciales, modifier les cheminées de l’incinérateur pour qu’il cesse de cracher de l’arsenic dès qu’on y brûle du bois traité, enlever les parcomètres sur la rue Maguire, etc.

Si c’est le gouvernement du Québec qui insiste pour recourir à ce mode de transport, quelle qu’en soit la raison, alors que la voiture autonome pourrait très bien être dans le paysage à peu près au même moment que le tramway sera en service, le problème est clairement un manque de vision du côté de nos élus provinciaux. La solution est simple: les élections approchent, c’est le 1er octobre 2018.

Si par contre c’est Justin Trudeau qui a rendu le programme des infrastructures trop restrictif, faisant en sorte que l’achat d’autobus et le salaire de nouveaux chauffeurs ne s’y qualifient pas, alors là, le problème est à Ottawa! Il faudra donc écrire aux députés conservateurs de Québec et Chaudière-Appalaches pour qu’ils fassent quelque chose.

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