Je commence à en avoir assez. Depuis que Maxime Bernier a claqué la porte du Parti conservateur du Canada, pour lequel je vote depuis 2004 et que j’appuie activement depuis 6 ans déjà, je me suis retenue parce que j’ai des amis tant dans «mon» parti que dans le PPC, mais là je le dis: ça suffit le jeu de celui qui pisse le plus loin!!! Ces enfantillages n’ont pas leur place en politique, à mon humble avis.

Nous sommes au Canada, un immense pays à seulement 38 millions de personnes, et dont les régions ont leur réalité et leurs enjeux. Le mode de scrutin uninominal à un tour (First Past the Post en anglais) n’est pas parfait, mais il facilite l’élection de gouvernements majoritaires et favorise une relative stabilité face aux parlements élus à la proportionnelle. Cette particularité a pour principal effet de favoriser les partis politiques qui ratissent larges, on parle ici de Big Tent Politics.

En effet, alors que sous la proportionnelle il est fréquent de voir des petits partis représentés par un ou deux députés pour défendre des idées particulières, dans notre mode actuel, les partis fondés sur des idées précises ont beaucoup de difficulté à faire élire des députés pour influencer le débat à la Chambre des communes, c’est pourquoi on cherche à rassembler les gens qui sont d’accord sur le fond et les valeurs de leur parti, mais qui participent aux congrès d’orientation pour essayer de faire passer leurs idées. C’est pareil pour les membres des caucus qui ont des projets ou idées particuliers, mais qui sont d’accord sur le plan des valeurs. Le spectre est donc large.

Ce qui fait en sorte qu’un parti comme le Parti conservateur du Canada a besoin de TOUT CE QUI EST À DROITE DU CENTRE! Si un Red Tory n’est pas assez à droite au goût de certains, en revanche il participe à la vie d’un parti qui rassemble tous ses membres sur un principe commun: l’État est trop envahissant, trop gourmand et trop centralisateur. Puisque la gauche signifie «plus d’État» et que la droite signifie «moins d’État», je vois mal en quoi le PCC serait à gauche du centre de l’échiquier politique. D’accord, il n’est pas aussi à droite qu’un parti libertarien ou le PPC de Maxime Bernier, mais de là à dire qu’il est à gauche il y a une sacrée marge.

Oui, je sais, la principale objection de M. Bernier était la gestion de l’offre, un système de quota dans certaines productions agricoles qui est très rigide et a été mis en place par Pierre Elliot Trudeau il y a plus de 50 ans. Un gouvernement de droite ne l’aurait certes pas implanté, mais vouloir à tout prix l’abolir sans prendre le temps d’étudier des solutions plus efficaces (comme la réglementation, les quotas d’importation, les subventions pour faire comme les pays voisins) ne signifie pas être à droite, et vouloir le garder ne signifie pas être à gauche; en fait, on exprime une volonté légitime de soutenir nos agriculteurs et notre souveraineté alimentaire dans le contexte actuel à défaut d’avoir une solution rapide.

Oui, je sais, plusieurs de mes amis de droite n’aiment pas les Red Tories, ou si vous préférez des conservateurs plus modérés qui n’ont rien contre les subventions et un minimum d’intervention du gouvernement dans notre économie tout en dénonçant les abus, mais ces Red Tories tant honnis sont aussi Conservateurs que vous et moi dans le sens qu’ils veulent baisser les impôts et respecter les champs de compétence provinciale comme n’importe quel autre membre du parti. Ils ont donc leur place dans le parti tout comme n’importe quel électeur libéral qui en a assez de Justin Trudeau et de se faire gouverner par des cabochons. C’est pourquoi, personnellement, je veux autant ces gens dans le PCC que les libertariens, conservateurs fiscaux, conservateurs sociaux, capitalistes, libertariens, minarchistes, monarchistes, anarcho-capitalistes, Reaganistes, Thatcheristes, survivalistes et autres ‘istes’ i!!

Pourquoi certains Conservateurs sont-ils aussi hostiles à ceux qu’ils trouvent «trop à droite» ou «pas assez à droite»? Je ne comprends pas… surtout en plein contexte de course à la chefferie.

Si je suis plus à droite que plein d’autres Conservateurs, en revanche je crois très fort au Big Tent politics. Et ironiquement, il s’en trouvera toujours qui m’accusent DE NE PAS ÊTRE ASSEZ À DROITE!!

Pester contre des Red Tories ou n’en avoir que pour des gens comme Maxime Bernier comme étant les seuls vrais Conservateur n’aide en rien, au contraire ça ne fait que semer la discorde et repousser des alliés potentiels. Rien pour attirer des nouveaux membres et bénévoles, voire des nouveaux candidats solides et bien implantés dans leur milieu. Et surtout, belle façon de convaincre les électeurs de délaisser le Bloc québécois une fois que le gouvernement Trudeau sera tombé!!

L’enjeu clé, en cette année 2020, est de sortir les Libéraux du pouvoir le plus tôt possible. Et pour cela, il faut que le vote conservateur couvre tout le spectre de la droite, pas juste des groupes en particulier. Oui, pour cela il faut que les Conservateurs plus près du centre qui se trouvent principalement au Québec, en Ontario et dans les Maritimes cessent de voter Libéral ou Bloc, et marquent leur bulletin au candidat conservateur, c’est pas sorcier!!

Alors cessons de rejeter des gens qui votent du même bord. Cela dit, c’est dans l’optique Big Blue Tent que j’ai fait mon choix à la chefferie, et je fais partie de l’équipe de Peter MacKay. D’accord, il est pro-choix, pas aussi à droite sur le plan économique que Stephen Harper, mais quel est le problème? Il a travaillé fort pour mener à bien la fusion entre l’Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur du Canada. Eh oui, bien qu’il soit de cette engeance maudite de Red Tories (aux yeux de beaucoup trop de gens), il a travaillé à unir tout ce qui est à droite du centre. Il est donc tout aussi Conservateur qu’un Pierre Poilievre, qui est ouvertement de droite fiscale et économique. Et tout aussi Conservateur que Maxime Bernier, qui dit que les seuls «vrais conservateurs» sont dans son jeune parti!!

Logo officiel de la campagne de Peter MacKay

C’est d’ailleurs ce que répète ad nauseam Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec. Et c’est dans le but d’avoir une Big Blue Tent québécoise, au provincial, que je travaille depuis déjà 6 ans à sortir les Conservateurs du Parti libéral et de la CAQ, tout Red Tories ou Conservateurs modérés qu’ils soient, c’est la seule façon de faire élire nos premiers députés à l’Assemblée nationale et de ne plus stagner à 2% du vote comme on le voit dans les sondages depuis la dernière élection.

…alors c’est pas un peu fini, cette chicane?


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