Les Canadiens DOIVENT perdre… Oh, non! Vous n’allez pas recommencer, hein?

Nous sommes le 2 novembre 2022. La Ligue nationale de hockey connaît un mois d’octobre particulièrement surprenant. En effet, après une dizaine de matchs seulement :

  • Les Sabres de Buffalo sont 2e dans la Division atlantique, après avoir passé plus d’une décennie sans faire les séries éliminatoires
  • Les Canucks de Vancouver sont bons derniers (oui, au 32e rang) avec seulement deux victoires, six défaites et deux défaites en surtemps pour un total de 6 points
  • Les Canadiens devancent les Maple Leafs de Toronto, et dans le GTA on réclame déjà la tête de l’entraîneur-chef Sheldon Keefe (voir le post-scriptum)
  • Le Kraken de Seattle est 4e dans l’Association Ouest

Mais le plus étonnant est que les Canadiens jouent pour .500 alors que tout le monde les voyait cumuler les défaites. Oui, 5 victoires et 5 défaites en 10 matchs. Au-delà du pointage, les joueurs surprennent par leur fougue, leur détermination, leur attaque et le plaisir qu’ils semblent éprouver après avoir connu un mauvais camp d’entraînement.

Classement – association Est (source: RDS, 2 novembre 2022 avant 19h HAE)
Classement – général, dernières équipes (source: RDS, 2 novembre 2022 avant 19h HAE)
Classement – Division Atlantique (source: RDS, 2 novembre 2022 avant 19h HAE)

 

Je crois que tous devraient se réjouir de ce début de saison, qui pourrait faire foi de la suite… eh non!

Ce matin, c’était Tony Marinaro à BPM Sports :

Et plus tard aujourd’hui, au tour de François Gagnon de RDS qui dit ceci dans sa chronique :

L’équation est toute simple : le Canadien doit perdre aujourd’hui pour gagner plus souvent demain. Pas demain, comme dans demain matin! Mais bien demain comme dans un an, ou deux, ou trois.

Et ce soir toujours à BPM Sports, à la tribune du soir, l’animateur et son invité ont répété le même refrain :

Des 2 points, mais pas trop.
Moi aussi, je suis dans le camp!

Comment? Ça ne fait pas leur affaire que l’équipe joue bien et que certains joueurs dominent à la colonne des buts? C’est étonnant.

Comment peut-on être en colère devant des bonnes performances? L’équipe aligne des jeunes joueurs qui ont un potentiel extraordinaire en les personnes de Cole Caufield, Nick Suzuki, Jordan Harris, Arber Xhekaj et Juraj Slafkovsky, plusieurs espoirs se trouvent présentement au Rocket de Laval ou, à défaut, dans leur équipe junior. Et ils peuvent compter sur Jake Allen, gardien d’expérience venu des Blues de St. Louis, David Savard, qui surprend comme défenseur, et l’infatigable Brendan Gallagher, qui a pu profiter d’un été plus long que l’an dernier pour retrouver une forme splendide. Certes, il y a encore des lacunes en avantage numérique (j’ai espoir qu’Alexandre Burrows trouvera la solution comme il l’a fait en 2021), et la défensive est privée de bons éléments depuis l’an dernier… oui, je suis encore fâchée des échanges de Brett Kulak et d’Alexander Romanov! Mais jusqu’à maintenant, c’est beau de les voir aller. Le plus important à noter, c’est que l’équipe ne se fait pas surclasser comme l’an dernier.

L’avenir est donc prometteur. Mais ils sont plusieurs, en ce 2 novembre 2022, à vouloir que l’équipe tank comme l’an dernier? Repêche top 5? Dans l’état actuel des choses? Un 2 novembre et non à la fin janvier?

Sérieusement! L’équipe DOIT PERDRE??!!

Je pensais qu’avec le beau début de saison de l’équipe, on avait enfin laissé tomber ce discours perdant – ou plutôt, de perdant – une fois pour toutes ainsi que cette obsession du tanking!

Je ne suis pas d’accord, pour les raisons suivantes :

  1. Martin St-Louis déteste perdre.
  2. Geoff Molson a tout viré à l’envers dans les opérations hockey (nouveau vice-président aux opérations hockey, nouveau directeur général, nouveau directeur général adjoint, nouveau chef du recrutement), je ne crois pas que son plan était de tanker pour repêcher dans les trois premiers pendant plus d’un an. Et s’il a choisi de reconstruire, pour des raisons purement d’affaires, il a pris Jeff Gorton parce qu’il a réussi une opération aussi délicate en quelques années seulement avec les Rangers de New York et il espère sûrement que ce soit aussi rapide à Montréal.
  3. Les billets coûtent cher au Centre Bell.
  4. Les joueurs, qui sont excitants à voir jouer à l’heure actuelle, sont à risque d’être démoralisés s’il ne gagnent pas souvent d’ici à avril prochain… surtout les plus jeunes!
  5. Les partisans ne sont pas aussi patients qu’ils ne le prétendent.

…et concernant les partisans, je dirais même plus : je perçois l’obsession du premier choix davantage comme de la rationalisation devant des mauvaises performances, pour les accepter, qu’un désir sincère. Après tout, les Canadiens de Montréal ne sont pas juste une équipe de hockey dans la LNH, c’est une institution. C’est l’équipe de Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur et Patrick Roy. C’est une des équipes les plus titrées du sport professionnel avec 24 Coupes Stanley en un peu plus de cent ans.

Le problème avec le tanking est que tu ne peux pas le contrôler. Disons qu’on souhaite repêcher Top 5. Pour ça, il faut perdre. Donc, jouer sous les .500. Mais comment tu y arrives? Est-ce possible de restreindre un Cole Caufield pour le limiter à 20 buts, alors qu’on lui souhaite de progresser et de viser le trophée Maurice-Richard? Le faire progresser, mais pas assez pour gagner, est extrêmement risqué pour son avenir.

Pas juste l’avenir de Caufield, mais la pérennité de l’équipe et surtout sa culture. Non seulement personne ne joue volontairement pour perdre, mais accumuler des défaites a des conséquences à moyen terme, comme l’implantation d’une culture perdante et une mauvaise atmosphère chez les équipiers, la perte de revenus par les propriétaires de l’équipe, plus de difficulté à coopter des joueurs autonomes intéressés à jouer à Montréal et, surtout, beaucoup de frustration chez le public et les médias.

Et pour quelle garantie? Les Maple Leafs ont tanké pour repêcher Auston Matthews; ils ne se sont toujours pas rendus en 2e ronde éliminatoire. Les Oilers ont tanké pour mettre le grappin sur Connor McDavid; ça fait 8 ans, et toujours pas de coupe à Edmonton…

Il y a la théorie – oui, plusieurs équipes ont repêché premières et ont fini par se rendre à la Coupe Stanley, mais on l’a surtout vu avant l’arrivée du plafond salarial – et la vraie vie, où prendre des décisions pour aider le futur peut se faire parfois en nuisant au présent. Si tu essaies de perdre tu vas dans un rabbit hole dont il est extrêmement difficile de sortir. On le voit avec les Sénateurs d’Ottawa et les Sabres de Buffalo.

Je vois donc une énorme contradiction entre vouloir que Cole Caufield devienne un marqueur de 50 buts ou plus et Nick Suzuki un centre numéro un, et espérer en même temps que les Canadiens finissent dans la cave pour viser Bedard ou Fantilli, qui sont eux aussi des attaquants. Ces deux scénarios sont mutuellement exclusifs. On dirait qu’on cherche à déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Bref, alors que certains continuent de souhaiter un Top 5, voire un Top 3, personnellement je ne souhaite aucun Top. Il y a beaucoup de bons joueurs qui se font sélectionner plus loin en première ronde, ou sinon dans les six rondes suivantes. Il y en a même qui n’ont même pas été repêchés et qui réussissent à se tailler une place de choix dans la LNH – pensez à Martin St-Louis, et plus récemment Arber Xhekaj! C’est bien beau espérer repêcher le meilleur disponible avant tout le monde, mais pas si c’est en sacrifiant le développement et la progression des jeunes joueurs… et encore pire, leur plaisir de jouer.

C’est pourquoi je me fous que les Canadiens finissent plus haut dans le classement cette saison, même à la porte des séries si ce n’est au 7e ou 8e rang à la surprise générale pour au moins jouer en première ronde, afin qu’on ait du plaisir et qu’on puisse voir des victoires. Et alors qu’on n’est qu’en novembre, cette obsession du tanking, que je m’attendais à voir en février ou mars seulement, je commence (déjà) à en avoir assez.

 

Post-Scriptum: avec la victoire des Maple Leafs de Toronto ce soir au compte de 5-2 contre les Flyers, l’équipe de Sheldon Keefe s’est hissée au 4e rang de la Division atlantique. Hooooooon….. 😉

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