Aujourd’hui, j’apprends qu’en raison d’un geste répréhensible commis hier lors du match opposant son équipe aux Rangers de Kitchener, lors du tournoi de la Coupe Memorial 2026, le défenseur Jordan Tourigny (Saguenéens de Chicoutimi) a eu beau le regretter et s’excuser? Rien à faire.
En effet, ça n’a pas été long, qu’il a été jugé peut-être trop sévèrement par l’entraîneur-chef des Rangers, et a reçu sur les réseaux sociaux des menaces de mort et commentaires haineux. Rien de moins!
Décourageant. La question, je la pose : hep, les Québécois… est-ce que ça va?
Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’autant de citoyens, chez nous (et c’est sûrement aussi problématique ailleurs dans le monde), pour qu’on se déchaîne gratuitement contre un individu, un groupe, une personnalité connue? Pourquoi ce déferlement de haine? Et pourquoi autant de gens ne se gênent pas?
Yanick Jean, entraîneur-chef des Saguenéens, a raison de dénoncer la situation. Je suis parfaitement d’accord avec lui, sauf peut-être pour le superlatif de gars en bobette dans son sous-sol, mais bon…
« Il y a deux choses que je ne comprends pas. Je ne comprends pas qu’il y ait du monde qui se met derrière leur clavier, en bobettes dans leur sous-sol, qui écrivent n’importe quoi sur n’importe qui et qui s’attaquent au monde. » (source : Agence QMI, 27 mai 2026)
Le pauvre Jordan Tourigny n’est pas le premier, et il ne sera certainement pas le dernier. Mais il n’a que 20 ans! (Ou 21 selon certains)
Les exemples sont de plus en plus nombreux, et cela ne fait que démontrer l’ampleur du problème.
Tout d’abord, suivant le repêchage de 2023, le 1er choix des Canadiens fut le défenseur droitier autrichien David Reinbacher. Plusieurs fans de hockey du Québec voulaient Matveï Michkov, un attaquant russe, à la place. Et que s’est-il passé? Le pauvre Reinbacher a reçu des messages haineux sur ses réseaux sociaux. Pourquoi?
On peut être en désaccord avec le choix d’un club de hockey lors du repêchage d’entrée sa ligue. On peut avoir de bons arguments pour expliquer pourquoi une équipe comme les Canadiens aurait dû miser sur un attaquant et non un défenseur. Et on peut avoir des préférences personnelles, c’est normal! Mais pourquoi s’en prendre directement au joueur sélectionné?
Quand on sait la saison difficile connue par Michkov avec les Flyers, on pourrait conclure que la direction du Tricolore l’a interviewé comme tant d’autres et avait de bonnes raisons de sélectionner quelqu’un d’autre. Et les repêchages ne sont pas une science exacte, à voir plusieurs choix de premier tour être incapables de se tailler une place dans le plus haut circuit de hockey et plusieurs hommes jamais repêché réussir à se faire rappeler de leur club-école pour ne plus jamais y retourner, pour être intronisés ensuite au Temple de la renommée du hockey. Mais est-ce une raison pour l’insulter?

Je tiens d’ailleurs à remercier Patricia Néron, citoyenne de Montréal, pour avoir eu l’initiative de recueillir des commentaires positifs et autres messages de bienvenue qu’elle a imprimés et collés dans un carnet afin de le donner au jeune homme dans les jours qui ont suivi sa sélection au repêchage. Comme quoi la bonté existe toujours. Mais quel exemple horrible de ce que sont devenus les espaces de discussion virtuelle… Il y avait les lignes ouvertes, certes, mais il est assez facile de raccrocher quand quelqu’un dépasse les bornes. Sur Facebook et X, la modération n’existe à peu près plus, rien pour aider.
Et comme autre exemple auquel je pense, parce que le timing est excellent, est celui de l’entraîneur-adjoint des Golden Knights Dominique Ducharme. Il se trouve à avoir dirigé les Canadiens de Montréal durant la COVID-19, et en date d’aujourd’hui, il peut être fier d’être le dernier pilote de la formation à avoir atteint la finale de la Coupe Stanley, à la fin de juin 2021. Malheureusement, la saison 2021-2022 a été très difficile à cause de la perte de deux joueurs importants (Shea Weber et Carey Price, qui n’a joué que les derniers matchs avant d’être écarté du jeu définitivement en raison d’un genou trop amoché), sans parler des nombreuses blessures et d’une succession d’infections à la COVID entre la fin décembre 2021 et le début de janvier 2022. D’accord, cela lui a coûté son poste. Mais depuis le 9 février 2022, date fatidique de sa mise à pied conservatoire, et peut-être même avant, dès que son nom sort dans l’actualité… l’armée des guerriers du clavier se déchaîne et l’insulte.

Dans la mesure où n’entre pas derrière un banc de la Ligue nationale de hockey qui veut, où le seul fait d’être engagé dans le meilleur circuit de hockey au monde indique que le candidat est compétent, et où il s’est rendu en finale de la Coupe Stanley alors qu’il n’occupait le poste que par intérim, je considère que Ducharme est un entraîneur de hockey compétent. Son CV est d’ailleurs bien garni : deux médailles au championnat mondial de hockey junior (argent en 2017, or en 2018), trophée Gilles-Courteau en 2013 (alors appelé la Coupe du Président), Coupe Memorial en 2013 et le trophée Clarence-S. Campbell remis à l’équipe qui remporte la finale de la conférence de l’Ouest – ah, oui! c’est que durant la saison 2020-2021 les équipes canadiennes formaient la division Nord, laquelle était dans la conférence Ouest, alors que le monde traversait une pandémie, et une contribution non négligeable aux succès de l’attaque des Golden Knights de Las Vegas depuis qu’il les a rejoints en 2023 à titre d’entraîneur-adjoint.
Souvenons-nous que c’est Bruce Cassidy qui l’a rencontré et qui a recommandé son embauche à son équipe, en juillet 2023. Si cet autre entraîneur de hockey compétent (finale en 2019, trophée Jack-Adams en 2020 et Coupe Stanley en 2023) l’a invité à venir le rejoindre derrière le banc de son équipe, c’est qu’il n’est pas un pied de céleri. Et aujourd’hui, Dominique Ducharme est en attente de connaître qui, des Hurricanes de la Caroline ou de « ses » Canadiens, sera son adversaire en finale de la Coupe Stanley. Pour lui, il s’agit d’une deuxième finale en carrière. Pas mal pour un homme tant honni sur les réseaux sociaux!
Alors, pourquoi autant de commentaires gratuits et négatifs à son sujet? Quel mal a-t-il fait? Qu’a-t-il à se reprocher au juste? À part d’être derrière le banc des Canadiens au pire moment de son histoire, en raison d’une incroyable succession d’événements malheureux, qu’a-t-il fait? La question se pose toujours et après ces quelques années, je n’ai toujours pas de réponse, sauf de dénoncer ce climat toxique à chaque fois qu’on parle de lui sur Internet.
Et pour finir, l’élection provinciale de 2022 au Québec se trouvait à avoir lieu à peine quelques mois après la fin des mesures sanitaires mises en place par le gouvernement sortant pour lutter contre la COVID-19. Mais était-ce une raison pour que le déferlement de haine contre les élus qui se représentaient ou toute autre personne qui a accepté de se porter candidat soit à son summum? Non.
Que gagne-t-on à vandaliser des pancartes électorales? L’exemple du député sortant Sylvain Lévesque est probant. Et surtout, déplorable. À la place, allons voter pour la personne que l’on croit capable de faire mieux dans sa circonscription, ou au pis aller pour le candidat du parti qu’on croit le mieux positionner pour améliorer les choses, au lieu de vandaliser les pancartes ou insulter les candidats gratuitement. Pour cela, je n’ai pas trop hâte à la prochaine campagne, prévue cet automne.
Cette haine gratuite n’a pas sa place dans notre société. C’est non seulement inutile, mais ça brise des vies. Ça doit cesser.
Voilà, je tenais à m’exprimer à ce sujet. Cela dit, je félicite Dominique pour son ticket pour la finale de la Coupe Stanley et je lui souhaite de la gagner.
Qu’il se soit rendu pour la deuxième fois de sa carrière à l’ultime ronde éliminatoire de la LNH est un exploit digne de mention, et je tiens à le souligner autant que je peux. On verra le résultat des courses, d’ici à la Saint-Jean-Baptiste.