Merci, Dominique!

Je ne pensais jamais que j’écrirais un truc du genre aussi tôt dans la saison de hockey, mais oui… Un petit message que j’envoie à Dominique Ducharme, un de mes hommes de hockey préférés, en ce 9e jour de février 2022. C’est comme une bouteille que je lance à la mer.

 

Cher Dominique,

Tu n’es pas mon entraîneur de hockey préféré pour rien. Impressionnée par ton calme olympien derrière le banc, ton respect immense des journalistes et ton impressionnante feuille de route, étant confinée avec mes concitoyens québécois depuis bientôt 2 ans j’ai pu t’accompagner – en pensées, en Tweets, publications Facebook et autres, ainsi qu’en cris de ralliements dans mon salon – dans la réalisation de ce rêve fou que tu caressais depuis des années, celui de diriger une équipe de la Ligue nationale de hockey comme entraîneur-chef. Et à la demande de Marc Bergevin pour remplacer Claude Julien, tu as mis les deux pieds derrière le banc des Canadiens de Montréal, équipe professionnelle parmi les plus titrées toujours active, mais encore plus qu’une équipe : une institution, un morceau vivant de notre histoire, l’idéal de tant de petits garçons et petites filles qui jouent au hockey.

Et pourtant, je l’avoue, lorsque je t’ai vu pour la première fois derrière le banc des Canadiens, le 25 février 2021 à Winnipeg dans un aréna vide, avec ton masque KN95 au visage et ton célèbre veston gris à carreaux, je voulais assassiner Marc Bergevin! J’ai bien failli balancer ma télécommande sur notre téléviseur OLED de 32 pouces en hurlant et en pleurant :

« Marc Bergevin, quossé que tu fais là? [mots d’église] Tu as congédié un coach récipiendaire du Jack Adams et qui a mené les Bruins à la Coupe Stanley en 2011, [mots d’église], tu prends son seul adjoint qui parle français, pis tu le crisses derrière le banc en lui disant de se débrouiller! Sérieux là, il va se planter et tu vas le jeter à la poubelle au printemps prochain, ça ne marche pas! T’es malade??? [mots d’église] Ah! Le pauvre Dominique… »

Est-ce mon intuition qui me parlait? Peut-être bien, peut-être pas. Peu importe, j’étais secouée de ce changement venu du champ gauche parce que je ne te connaissais pas. J’ignorais que tu as gagné partout où tu es allé, dont l’argent et l’or au championnat mondial junior de hockey, la Coupe du Président au moins deux fois (LHJMQ) et la Coupe Memorial à la barre du Moosehead de Halifax. Une feuille de route extraordinaire à titre d’entraîneur que personne ne pourra t’enlever. Et en ce soir glacial de février 2021 alors que nous étions enfermés dans nos chaumières à cause d’un couvre-feu qui a duré jusqu’en mai dernier, je ne me doutais pas une seule seconde que tu mènerais les Canadiens de Montréal à la finale de la Coupe Stanley, pour la première fois depuis 1993. Cette crainte, donc, que j’avais de te voir sortir du Complexe sportif Bell de Brossard la tête basse avec tes boîtes était inexplicable, mais fut finalement justifiée, bien que remise à plus tard.

Tu n’as pas idée comme j’ai trippé avec les joueurs et autres partisans durant les séries éliminatoires. J’ai passé des moments inoubliables et je ne pourrai jamais te remercier suffisamment pour tout ça.

Quel dommage que les choses aient changé aussi brutalement, car l’équipe évolue aujourd’hui sans gardiens de but d’impact et avec peu de défenseurs en raison des blessures et cas de COVID-19, ce qui ne te donnait aucune marge de manœuvre. Tu as tout donné, tu as fait ton possible. Je suis donc profondément attristée de te voir partir.

Merci Dom!
Image de Cathy Graphics (@CathyGraphics3 sur Twitter), utilisée avec sa permission (Merci!)

Tu avais de l’expérience et les outils pour mener les Canadiens de Montréal loin et redonner espoir aux partisans de tout le pays lors de ton embauche. Mais hélas, sauf en séries éliminatoires où tu as pu travailler dans des conditions qu’on peut considérer normales, tes ailes ont été retenues prisonnières :

  • par d’innombrables voyages en avion sur 4 fuseaux horaires;
  • par un protocole de prévention de la COVID-19 très strict imposé par la LNH qui te forçait à ne te trouver qu’à la maison, à l’aréna, à l’aéroport ou à ta chambre d’hôtel, point barre;
  • par trop peu d’entraînements matinaux pendant lesquels tu pouvais faire de l’enseignement;
  • par un masque KN95 pour cacher ton visage;
  • par l’absence de spectateurs dans les arénas du Canada durant toute la saison régulière;
  • et par la COVID-19 même qui t’a terrassé avant que le Québec célèbre la Saint-Jean-Baptiste sur le but vainqueur de « Lehky » propulsant les Canadiens en finale de la Coupe Stanley, bien que cette victoire porte ta signature en raison de tes instructions données à Luke Richardson.

Après avoir manqué de peu la Coupe Stanley à Tampa Bay sur fond d’ouragan, tu as commencé ta première saison officielle avec ton capitaine Shea Weber trop blessé pour revenir au jeu à moins d’un miracle, et ton meilleur gardien Carey Price qui a retardé son retour au travail post-opératoire à cause de son inscription au programme d’assistance aux joueurs de la LNH et d’une pause COVID qui a fermé les installations auxquelles l’équipe a accès. Tu as tout fait pour bâtir une belle carrière, mais avec une équipe décimée par les blessures et les cas de COVID-19 à profusion. Et avec deux jeunes gardiens pas tout à fait prêts pour la LNH, qui laissaient entrer des ballons de plage…

Malgré tes efforts, ton calme rassurant et ta foi inébranlable en l’équipe que tu voulais tienne, et avec laquelle tu réalisais le rêve de toute une vie après avoir tant travaillé pour y parvenir, pouvais-tu espérer prendre enfin ton envol dans des conditions aussi exécrables, intenables, lamentables, insupportables? Tu as malgré tout été formidable.

Assurément, tu méritais un meilleur sort. Et d’évoluer pour au moins une saison ou deux – celles restantes de ton contrat, quoi! – dans des conditions normales alors que le Québec se déconfine, j’espère, pour de bon. Pas de te faire virer comme un chien.

Merci à toi d’avoir fait rêver tout le Québec durant les séries éliminatoires. Merci à toi de m’avoir fait découvrir ton métier, au point où je désire te le rendre en me formant et en regardant où il y a des besoins dans le hockey mineur, prête à m’y présenter avec d’authentiques patins de hockey et non mes bons vieux patins de filles.

Merci pour ta passion. Merci de m’avoir accompagnée au printemps et en été avec les joueurs et Marc Bergevin sur mon téléviseur au moment où j’en avais particulièrement besoin; en effet, des moments très difficiles pour ma petite famille furent pour moi hautement anxiogènes, et les Canadiens furent mes anxiolytiques jusqu’au dernier match à Tampa Bay.

Merci d’être la personne humble et sympathique que tu es, et qui m’inspire. Merci d’avoir été « mon » coach pendant la dernière année.

Je te souhaite du succès et du bonheur dans tes projets futurs. Et si jamais tu as besoin d’aide, que ce soit pour ta fondation ou pour toute autre chose, lâche-moi un coup de fil.

Prends soin de toi. J’espère pouvoir te revoir bientôt.

Merci, Coach!

 

Une partisane de Québec

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